Dossier

Contre la vague brune, contre ceux qui l’ont préparée, il est encore temps !

Dans trois semaines peut-être, l’extrême droite arrivera au gouvernement, aux portes du pouvoir. Cette victoire potentielle n’est pas inattendue, tant elle a été préparée, encouragée, et — disons-le – souhaitée par une partie non négligeable de la classe politique et des cercles éditorialistes. Ce courant politique et la vision du monde qu’il défend remontent au-delà des années 1930 — comme le mot même d’islamophobie – et trouve ses racines dans le rôle structurel de l’héritage colonial, notamment en Algérie. Cette histoire constitue, comme le rappelle Fabrice Riceputi, la matrice essentielle de l’extrême droite, celle qui fait oublier sa collaboration et son antisémitisme structurel. Cet impensé colonial permet d’expliquer la large convergence dans le soutien à Israël, qui a vu les héritiers du Front national défiler aux côtés de l’essentiel des forces politiques dans une « marche contre l’antisémitisme » en novembre 2023.

Cette histoire coloniale rappelle également la généalogie méconnue de la gestion sécuritaire des musulmans, toujours perçus comme « un problème », comme étrangers même pour celles et ceux qui sont français⸱es, mais surtout comme un danger pour la République. Si hier dominait la figure de l’Arabe « voleur, fourbe et violeur » ou du musulman réfractaire à l’assimilation coloniale, désormais les musulman⸱es et autres « islamo-gauchistes » seraient le nouvel ennemi intérieur, comme c’était le cas, il y a près d’un siècle, pour les juifs. À un siècle de distances, juifs et musulmans, sont perçus comme deux minorités religieuses racialisées, à qui l’on prête des desseins complotistes, comme le montre l’historien Reza-Zia Ebrahimi dans l’analyse de leur histoire croisée. Par leur duplicité à l’égard de la République, par l’extrémisme inhérent à leur religion — mieux, à leur culture, puisque même la langue arabe devient ni plus ni moins que l’outil véhiculaire de terrorisme —, les musulmans de France, définis comme une masse homogène malgré leur diversité, lanceraient un défi mortel au monde. Comme le fait à l’échelle internationale « le terrorisme islamique », porteur d’une guerre contre la civilisation occidentale ou prétendument « judéo-chrétienne ».

À l’heure où l’extrême droite a déjà un pied dans la porte, on ne peut pas fermer les yeux sur la responsabilité historique de la classe dirigeante et de ses relais médiatiques, dans la banalisation d’une islamophobie d’État qui n’a fait que s’intensifier depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, pour arriver à son paroxysme sous celle d’Emmanuel Macron. Si le dévoiement de la laïcité pour en faire une arme contre l’islam et les musulman⸱es, bien loin de l’esprit de la loi de 1905 défendue par Aristide Briand, date de la fin du second mandat de Jacques Chirac, l’offensive de l’actuel président de la République et de ses ministres contre les musulman⸱es, accusé⸱es de « séparatisme », a marqué l’intensification de discours de rejet et de mesures de répression, qui ont participé à la victoire de l’extrême droite dans la bataille culturelle qu’elle mène pour l’hégémonie. Le tout avec la complicité d’intellectuels, d’éditorialistes et de quelques « chercheurs de cour », qui n’ont eu aucun scrupule à mettre leur savoir au service d’une idéologie de haine et de rejet.

En reprenant quelques articles publiés par Orient XXI qui s’articulent autour des thématiques citées ci-dessus au sein de ce dossier, nous soulignons la responsabilité des pyromanes de la République, mais nous remplissons aussi le rôle que nous nous sommes donné depuis notre création en tant que média indépendant il y a plus de dix ans, et que nous jugeons plus que jamais nécessaire : donner à nos lectrices et lecteurs les outils de comprendre, et donc de résister à la vague brune qui risque de déferler sur nous, mais qu’il est encore temps d’arrêter.

ILLUSTRATION : Castres, 13 décembre 2009. Profanation de l’entrée de la mosquée de Castres. Des tags nazis et xénophobes sont peints sur le mur, des pieds de porc pendent à la poignée et des oreilles de porc sont agrafées sur la porte. THIERRY ANTOINE / AFP

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