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Dossier

Jeunesses arabes, des acteurs essentiels souvent marginalisés

Acteurs essentiels des révolutions arabes, les jeunes restent souvent maintenus à la marge des processus politiques. C’est pourtant d’eux que dépend l’avenir de ces pays. Et ce sont leur place et leurs aspirations qui sont au centre de la première rencontre organisée par Orient XXI le 6 février à Tunis.

Quatre ans après le début des printemps arabes, la contre-révolution semble partout l’emporter. Le retour à l’ordre au Bahreïn et en Égypte, le chaos libyen, les sanglantes guerres en Syrie et en Irak, l’instabilité au Yémen, la résistance des régimes monarchiques du Golfe, tout semble témoigner que la période ouverte au printemps 2011 s’achève, même si, en Tunisie, un timide espoir d’une transition démocratique demeure.

Pourtant, sous cette régression et cet immobilisme apparents, la société continue de bouger et les jeunes refusent l’ordre ancien, s’organisent en dehors des structures politiques, militent de manière nouvelle — parfois inattendue. Lors du lancement d’Orient XXI, nous avions publié plusieurs articles sur la jeunesse dans le monde arabe, qui illustrent cette autonomie nouvelle d’une classe d’âge qui ne trouve de réponse ni dans le maintien des pouvoirs en place, ni dans un ordre dictatorial, qu’il soit « laïque » ou « islamiste ».

En Tunisie, le faible taux de participation des jeunes Tunisiens le 23 novembre 2014 au premier tour de la première élection présidentielle libre du pays était singulièrement bas. Peu représentée dans la classe politique dirigeante, la jeunesse peine à concrétiser ses objectifs de justice sociale, tout en comptant pourtant sur les libertés acquises pour continuer à lutter.

En Egypte, les droits de la jeunesse sont menacés comme jamais depuis ces trente dernières années. Des étudiants aux activistes en passant par les manifestants, ils sont tous devenus la cible de la répression.

Des milliers d’entre eux sont désormais détenus. La grève de la faim apparaît, pour certaines figures de l’opposition et de la révolution tels Alaa Abdel Fattah ou Ahmed Douma, comme "le dernier recours".

À Sayada, en Tunisie, de jeunes informaticiens démontrent qu’Internet peut être un outil au service de la démocratie en mettant en place un site permettant d’accéder aux délibérations de la municipalité et à ses comptes. Une petite révolution qui fait des émules jusque dans le sud du pays.

La « jeune chanson » saoudienne a explosé, elle, sur les réseaux sociaux, avec No Woman, No Drive, la vidéo subversive du comédien Hisham Fageeh, visionnée par des millions d’internautes.

À Bagdad, la jeunesse qui a grandi dans la guerre rêve de loisirs et de normalité, même si le rêve s’éloigne de plus en plus.

C’est pour donner la parole à cette nouvelle génération qu’Orient XXI organise son premier séminaire à Tunis ce vendredi 6 février, en associant des journalistes, des intellectuels, des militants à notre travail. Il est temps que leurs analyses et leurs points de vue sur les évolutions de la région soient diffusées plus largement et que l’analyse du monde arabe ne soit plus le monopole d’Occidentaux. C’est aussi comme cela que se créera une vrai coopération intellectuelle entre les deux rives de la Méditerranée.