Politique, culture, société, économie, diplomatie
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Les relations France-Algérie de 1962 à 1992

« Cinquante ans d’histoires secrètes »

L’histoire des relations tumultueuses entre la France et l’Algérie depuis la fin de la guerre d’indépendance algérienne jusque dans les années 1990, par Naoufel Brahimi El Mili.

Quoi de plus intrigant et de plus opaque que les relations souterraines depuis 1962 entre la République française et la République algérienne démocratique et populaire ? Entre un vieil État perclus d’histoire avec un grand « H », ancienne métropole coloniale, et une jeune nation parvenue à l’indépendance en 1962 après sept années d’une guerre atroce. À première vue, le match est inégal et le rapport des forces forcément déséquilibré ; en réalité des contrepoids existent entre les deux protagonistes. D’un côté, la France a l’avantage économique, le PIB de l’Algérie représente moins de 10 % du sien. Elle accueille par ailleurs plusieurs millions de ses ressortissants et conserve une influence diffuse dans une partie minoritaire, mais influente, de l’opinion algérienne. Il suffit de voir comment une photo du président Abdelaziz Bouteflika en petite forme publiée à l’issue du voyage à Alger de l’ancien premier ministre Manuel Valls réveille spéculations et interrogations sur les arrières-pensées du microcosme parisien quant à l’inévitable succession. De l’autre, outre leur connaissance intime de la vie politique française, les gouvernants algériens pèsent du poids de plusieurs millions de leurs enfants et aujourd’hui petits-enfants qui résident dans l’Hexagone et y votent souvent ; sans parler de l’image que l’Algérie conserve dans une partie du monde et qu’il vaut mieux ménager. Ce soft power algérien est suffisant pour que Paris se garde de trop antagoniser ses relations avec Alger même dans les pires périodes de crise.

France-Algérie : 50 ans d’histoires secrètes de Naoufel Brahimi El-Mili fourmille d’exemples de cette approche circonstanciée que le défunt président Houari Boumediene décrivait ainsi : « Nos relations sont nécessairement mauvaises, il faut beaucoup travailler pour qu’elles n’empirent pas. » L’auteur est bien armé pour sa tâche. Issu de deux grandes familles de l’est constantinois engagées dès avant 1954 dans la lutte pour l’indépendance avec l’Association des Oulémas, bien introduit à Alger et à Paris, il parle d’un monde qu’il connaît. D’Ahmed Ben Bella à Chadli Bendjedid en passant par Houari Boumediene, il « couvre » dans son imposant premier tome (403 pages) les trois premiers présidents de l’Algérie indépendante, et consacre la majorité de ses pages à ce dernier. Sous son règne, la nationalisation des compagnies pétrolières françaises et l’effacement espagnol soudain du Sahara occidental au moment de l’agonie de Francisco Franco, mis à profit par le Maroc, ont été les points chauds de la tension entre les deux pays. Dans les deux cas, le pire a été évité et un rythme de croisière finalement atteint après quelques mois — voire une bonne année — de raidissement. La première fois, grâce à Georges Pompidou qui a su distinguer les intérêts de la France de ceux des pétroliers ; la seconde, c’est son homologue algérien qui a repris le fil et repris contact avec le plus impopulaire sans doute des locataires de l’Élysée vu d’Algérie : Valéry Giscard d’Estaing, accusé d’avoir été « Algérie française » avant 1962 et défavorable à la coopération franco-algérienne après quant il occupait le portefeuille de ministre des finances.

Ces centaines de pages d’« histoires secrètes » racontent à coups d’anecdotes et de portraits presque au fil des jours le quotidien des relations politiques entre deux États opposés sur presque tous les sujets, mais d’accord sur l’essentiel pour ce qui les concerne directement. Un regret : l’auteur qui a consulté de très nombreux ouvrages sur le sujet et entendu de nombreuses personnalités ne cite pas les Documentaires diplomatiques français, publication du Quai d’Orsay qui dévoile les télégrammes de l’ambassade de France à Alger année après année. Le dernier de ces documentaires concerne l’année 1967, cinq ans après l’indépendance de l’Algérie.