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Ce que dit François Fillon

L’élection présidentielle, la France, le Maghreb et le Proche-Orient

— Quels sont selon vous les principaux intérêts que la France doit défendre en Afrique du Nord et au Proche-Orient ?

François Fillon veut recentrer la politique étrangère française sur quelques priorités précisément définies dont les premières seront la défense de nos intérêts et la lutte contre la menace terroriste.

— Sur le conflit israélo-palestinien, il fera tout pour faire émerger la solution des deux États, dans le respect absolu de la sécurité d’Israël et du droit des Palestiniens à vivre dans un État reconnu.

— Il faut construire une nouvelle relation avec la Turquie dont la position ne peut être ignorée. La place de la Turquie n’est pas dans l’Union européenne (UE), raison pour laquelle la France doit imaginer un nouveau partenariat avec ce pays stratégique.

— L’Iran est une puissance régionale incontournable, à condition qu’elle respecte l’accord nucléaire et joue son rôle de stabilisateur régional.

— Le conflit syrien a un impact direct sur la France, notamment en matière sécuritaire et migratoire. La France doit reprendre sa place dans la crise syrienne.

François Fillon développera des contacts avec tous ceux qui luttent contre la menace terroriste, y compris si nécessaire avec les autorités en place. Il engagera un dialogue franc avec l’Arabie saoudite et le Qatar, en ce qui concerne plus particulièrement l’appui, direct ou indirect, au fondamentalisme islamique. Ce ne sont pas les États qui soutiennent le totalitarisme islamique, ils sont eux-mêmes agressés par lui, mais ils accueillent sur leurs territoires des penseurs qui alimentent, non pas le totalitarisme islamique, mais le fondamentalisme dans la religion islamique. Il y a une ambiguïté à propos de laquelle il faut parler avec franchise avec les États du Golfe. Nous pouvons continuer à avoir des relations commerciales avec eux, mais ils doivent mettre un terme à ce qui apparaît comme une ambiguïté.

François Fillon prolongera les actions de la France au Sahel tout en renforçant son action de formation et de soutien aux armées africaines, afin qu’elles soient encore mieux préparées dans la résolution de leurs conflits. Il conditionnera en particulier l’aide au développement à la coopération des pays d’origine de l’immigration afin qu’ils s’impliquent dans le retour de leurs ressortissants. Il renforcera les liens qui unissent la France aux pays de la rive sud de la Méditerranée, à commencer par le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, mais également Israël, l’Égypte ou le Liban.

— Considérez-vous que la France a commis des erreurs dans ces régions au cours des dernières années ? Si oui, quelles sont les plus importantes ?

À propos de la Syrie, selon François Fillon, « le réalisme géopolitique a eu raison de notre angélisme et de notre suivisme. En 2017, il sera plus que temps d’imprimer à notre politique étrangère une autre vision ». Il s’agira en particulier de retrouver une place d’ « acteur écouté entre Américains et Russes, entre sunnites et chiites ». « En Syrie, il faut que la France prenne sa place dans les scénarios échafaudés par Moscou, la Turquie, l’Iran et peut-être demain par les États-Unis de Donald Trump. La France doit rééquilibrer ses relations entre le monde sunnite — ses alliés traditionnels des monarchies du Golfe — et le monde chiite – soutenu par l’Iran, et vis-à-vis duquel Paris a nettement durci le ton, depuis une dizaine d’années. »

En Syrie, il y a deux camps : les djihadistes et le régime de Damas qui est le protecteur des chrétiens d’Orient menacés par les sunnites hostiles à Bachar Al-Assad. François Fillon approuve l’intervention militaire russe et soutient l’idée d’une « coalition internationale » incluant la Russie, l’Iran et Bachar Al-Assad contre « le totalitarisme islamique ». Il estime que François Hollande, par sa proximité avec Barack Obama, a raté une occasion. « Il y avait une entente à avoir, il y avait une initiative forte à prendre, entre l’Allemagne, la France et la Russie ».

En Syrie ou en Ukraine, face au terrorisme djihadiste au Moyen-Orient ou aux défis migratoires en Europe, contre l’agressivité commerciale de la Chine et les pulsions protectionnistes américaines, François Fillon ne fait que dénoncer les impasses dans lesquelles la France apparaît complètement marginalisée, impuissante, inaudible. Sur la Libye, la France aurait dû s’en tenir à la résolution des Nations unies. Mais elle est allée bien au-delà et ce fut une erreur d’analyse. Quand on détruit un État, on arrive bien entendu au chaos.

— Pensez-vous que la France a une action propre à mener dans ces régions ? Doit-elle agir dans le cadre d’alliances spécifiques ? Lesquelles ?

La France, pays membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, se doit de dialoguer avec tout le monde. Puissance indépendante et d’équilibre, elle doit jouer tout son rôle sur l’ensemble des crises mondiales. François Fillon souhaite rétablir le dialogue et des relations de confiance avec la Russie qui doit redevenir un grand partenaire.

La France n’a pas les moyens de conduire une offensive au sol en Syrie. On doit appuyer toutes les forces qui sont en mesure de battre l’État islamique, c’est-à-dire le régime syrien, les Iraniens et les Russes, même si nous avons des raisons d’être en désaccord avec leur politique.

La France ne peut plus intervenir militairement toute seule dans un pays étranger. En d’autres temps, ça s’appelait la colonisation. Les opérations militaires en Irak, en Syrie, au Sahel, sont toutes justifiées, mais la France n’a pas les moyens de mener seule ces opérations. La plus importante pour la France est celle au Sahel, car la France y joue un rôle central. En Syrie et en Irak, la participation française est utile, mais symbolique et pas déterminante.

Ce ne sont pas les Occidentaux tout seuls qui vont réussir à éliminer la menace de l’État islamique. Ce n’est que par une alliance mondiale plus large qu’on y parviendra.

— Quelle sont, selon vous, les principales racines du djihadisme ? Voyez-vous un lien entre notre politique étrangère ou notre politique intérieure d’une part, et le fait qu’il y ait des attentats en France d’autre part ?

Pour François Fillon, le terrorisme islamique est enfoui dans les replis de la religion musulmane et s’inscrit dans un affrontement millénaire jamais éteint entre l’islam et la chrétienté. Il voit dans le djihadisme « un mouvement totalitaire, comme le nazisme [qui] emploie les mêmes ressorts : imposer par la force au reste du monde un mode de vie et de pensée ». Face à cette menace, « nous avons à juste titre choisi de riposter militairement.

Ce « totalitarisme [est] né de la conjonction de l’interprétation littérale du Coran, de la soumission du politique au religieux et de la promotion d’un islam conquérant. » « Ce que les intellectuels ne voulaient pas et ne veulent toujours pas comprendre, c’est que l’Occident est moins haï pour l’oppression qu’il exerce que pour les libertés qu’il propose. »

Il note « un nouvel essor de l’islam fondamentaliste sur fond de sentiment d’humiliation du monde arabo-musulman et de rejet d’une certaine idée du progrès imposée par l’Occident au sommet de la puissance » qui aurait provoqué « un vif sentiment de frustration. »

La France n’a pas de responsabilité historique dans la colonisation, alors que toutes les civilisations ont pratiqué la colonisation depuis le début de l’histoire. François Fillon n’accepte pas que l’on fasse porter à la France d’aujourd’hui des responsabilités qui ne sont pas les siennes.

— Appliquerez-vous le principe de la realpolitik dans l’action de la France en Afrique du Nord et au Proche-Orient ? Lui instaurez-vous des limites ? Quelles valeurs la France doit-elle défendre dans ces pays ?

François Fillon sera fidèle à l’engagement de notre pays en faveur du respect du droit international, des droits humains et des principes universels de liberté et de dignité de la personne humaine. La défense et la promotion de la liberté d’expression, de la liberté de religion ou de conviction, la protection des minorités religieuses — en particulier les chrétiens d’Orient en faveur desquels il s’est engagé depuis longtemps — feront partie de ses priorités.