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Un assassinat qui signe l’échec de la politique de sanctions

Escalade américaine contre l’Iran

Le parlement irakien a voté dimanche 5 janvier en faveur de la fin de la présence de toutes les troupes étrangères (pas seulement américaines). Cette décision fait suite à l’assassinat du général iranien Ghassem Soleimani sur ordre du président américain Donald Trump, un assassinat qui marque l’échec de la politique de sanctions contre l’Iran et le début d’une escalade militaire.

Téhéran, 4 janvier 2020. — Rassemblement de protestation contre les assassinats de Ghassem Soleimani (banderole) et du chef paramilitaire irakien Abou Mahdi Al-Muhandis.
Atta Kenare/AFP

Les tentatives américaines de présenter Soleimani comme un maître du terrorisme, comme l’État islamique en Irak et au Levant (ISIL ou ISIS) d’Abou Bakr Al-Baghdadi sont fausses et ne tiennent pas compte de la situation dans son ensemble. Soleimani a peut-être été un sanglant et controversé « commandant de l’ombre », mais il a servi le Guide suprême de l’Iran, Ali Hosseini Khamenei, pour protéger et étendre les intérêts du régime au Proche-Orient. L’assassinat de Soleimani est une attaque contre l’État iranien.

Alors pourquoi les États-Unis ont-ils eu recours à son assassinat ? Pourquoi maintenant et quelle est sa finalité ?

Un changement de la stratégie de Trump ?

Plusieurs personnes dans l’entourage de Donald Trump, comme les anciens conseillers à la sécurité nationale Michael Flynn et John Bolton, et des « conseillers non officiels » comme l’Israélien Benyamin Nétanyahou et le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman l’ont tous incessamment exhorté à agir militairement contre l’Iran et à faire pression pour un changement de régime. Mais pendant trois ans, Trump a choisi d’ignorer leurs conseils, insistant sur le fait que les États-Unis ne cherchent pas à entrer en guerre avec la République islamique. Au lieu de cela, il a frappé Téhéran avec des sanctions sévères visant à paralyser son économie, à contenir ses ambitions régionales et à le forcer à retourner à la table des négociations pour signer un autre accord, estampillé par le président américain.

Alors, qu’est-ce qui a changé ?

Eh bien, pour le dire schématiquement, l’administration Trump a réalisé que sa politique de « pression maximale » avait échoué. Elle a peut-être nui à l’Iran, mais elle n’a ni isolé ni modéré un leadership iranien belliqueux.

L’attaque par procuration de l’Iran contre l’ambassade américaine à Bagdad début janvier a été un rappel brutal de l’humiliante prise de contrôle de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979 qui a démoralisé l’administration Carter, et de l’attaque de 2012 sur le complexe diplomatique américain à Benghazi qui a meurtri l’administration Obama.

L’administration Trump, qui craignait une répétition de ce scénario à Bagdad, affirme que sa réponse était destinée à protéger la vie des Américains contre de futures attaques, et non à déclencher une guerre avec l’Iran. Ou, selon les sceptiques, elle était destinée à protéger la présidence Trump en détournant l’attention de la procédure de destitution pendant une année électorale.

Quoi qu’il en soit, l’assassinat est une rupture nette avec la politique de sanctions. Elle montre que Trump est prêt à utiliser la puissance militaire américaine autant que sa puissance économique.

Des attaques par procuration

Dès le début, la République islamique a rejeté l’abandon par Trump de l’accord nucléaire et l’imposition de sanctions comme une intimidation inacceptable, et a refusé de rester les bras croisés pendant que les sanctions américaines bloquaient les exportations de pétrole vitales du pays, paralysaient son économie et mettaient son armée en faillite.

Téhéran a multiplié les attaques par procuration contre les bases américaines et les alliés des États-Unis dans la région, y compris les récentes attaques contre des pétroliers dans le Golfe et des installations pétrolières saoudiennes, qui ont conduit à l’attaque contre les positions américaines en Irak.

Téhéran a également cultivé de nouvelles alliances stratégiques avec la Russie et la Chine, se joignant à ces deux pays pour des manœuvres dans le golfe d’Oman à la fin de décembre.

L’assassinat ne changera aucune de ces politiques ; en fait, il ne fera que les accélérer.

Si l’on se fie à l’histoire, l’Iran absorbera l’attaque dans un premier temps et évitera une guerre totale contre des forces militaires américaines bien supérieures. Trump a peut-être défié Khamenei pour un duel, mais le Guide suprême préfère combattre dans l’ombre.

Alors, oui, il le fera. Ses options sont nombreuses et son emploi du temps est illimité. Cela inclut des assassinats, des opérations secrètes, des guerres de faible intensité et des perturbations pétrolières et maritimes dans la région du Golfe.

En d’autres termes, plus de la même chose - beaucoup plus.

Ce sera particulièrement le cas en Irak, où l’Iran a longtemps exploité l’échec et le repli des États-Unis pour soutenir ses alliés et ses clients et accroître son influence stratégique contre Washington.

Et il se pourrait bien qu’il le fasse à nouveau.

Il n’y aura pas de troisième guerre mondiale

Contrairement aux idées reçues et aux scénarios apocalyptiques de déclenchement de la troisième guerre mondiale, l’assassinat de Soleimani pourrait bien s’avérer le ticket de Trump pour sortir d’Irak, tout comme l’assassinat d’Abou Bakr Al-Baghdadi a été son ticket de sortie du conflit syrien. Cela s’inscrit parfaitement dans son désir de redéploiement stratégique au Proche-Orient pour extraire les troupes et les civils américains des points chauds locaux et donner au Pentagone une plus grande liberté d’action contre ses ennemis. Cela signifie davantage d’attaques de drones, d’opérations des forces spéciales et de frappes de missiles guidés avec un minimum de risques pour le personnel américain.

Ce n’est pas nouveau pour les États-Unis, qui se sont redéployés hors du Liban après le bombardement des casernes des Marines américains en 1983, et se sont retirés de la Somalie après l’attaque de 1993 contre les troupes américaines. De même, ils prévoient un retrait d’Afghanistan.

Mais l’Irak est différent, car l’enjeu y est bien plus important. C’est une affaire bien plus importante pour les États-Unis après qu’ils ont investi des milliards de dollars et perdu des milliers de vies en essayant de garder le contrôle du pays au cours des 16 dernières années. Mais en tant que businessman devenu homme d’État, Donald Trump est guidé par une règle d’or des affaires qui veut qu’une fois qu’on a perdu de l’argent, on ne mise pas à nouveau, indépendamment de la fierté, du pétrole ou des partenaires.

Reste une question : l’Iran va-t-il exploiter cette tendance américaine au repli ou encourager sa propension à la guerre ? Quoi qu’il en soit, l’Irak et le reste du monde arabe divisé continueront à en souffrir, conformément au proverbe : quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui est écrasée.

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