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Jeunes-Turcs

Appellation commune du comité Union et progrès (CUP), parti politique nationaliste révolutionnaire et réformateur ottoman secrètement établi en 1889. Après un attentat manqué contre le sultan Abdul Hamid II en 1892 et la répression qui s’ensuit, nombre de ses membres partent en exil, en Europe et au Caire.

À partir de 1906, le groupe du CUP établi à Salonique gagne en influence sur le corps des officiers ottomans. Un congrès réuni à Paris en 1907 s’entend sur un programme politique : rétablissement de la Constitution de 1876, mise en place d’un Parlement, limitation constitutionnelle au pouvoir du sultan, propagation de l’« ottomanisme », visant à créer une nation ottomane unifiée, au-delà des différences ethniques et religieuses.

La révolution jeune-turque de 1908-1909 met un coup d’arrêt au régime autocratique du sultan. Après que les Jeunes-Turcs eurent formé le gouvernement entre 1909 et 1912 (échec de la doctrine étatique de l’« ottomanisme » du fait des soulèvements albanais de 1909-1910 et de 1912, perte de grandes parties de la Libye et du Dodécanèse lors de la guerre italo-turque de 1911-1912), ils reprennent le pouvoir lors d’un coup d’État, en 1913.

Ils demeurent au gouvernement jusqu’en 1918. Leurs principaux leaders sont Enver Pacha, Jamal Pacha et Talaat Pacha. Leur exercice du pouvoir est marqué par des méthodes dictatoriales et centralisatrices. Ils mènent une série de réformes de l’État d’inspiration occidentale, mais procèdent à une « turcisation » des diverses nationalités de l’empire ottoman, ce qui passe par une véritable épuration ethnique, initiée dès les guerres balkaniques de 1912-1913 aux lourdes conséquences territoriales (pertes de la quasi-intégralité de la Turquie d’Europe) et démographiques.

Ce sont eux qui concluent un accord militaire secret avec l’Allemagne, le 2 août 1914, au terme duquel l’empire ottoman entre en guerre au mois d’octobre suivant contre les Puissances de l’Entente, aux côtés des Puissances centrales. La première guerre mondiale permet la poursuite de la politique entamée avant le conflit : tablant sur l’islamisation d’une société homogénéisée, les Jeunes-Turcs ouvrent un front interne à l’Empire, en ordonnant les massacres commis à l’encontre des populations chrétiennes, dont l’illustration la plus éclatante est, en 1915-1916, le génocide des Arméniens de l’Empire, accusés d’être une cinquième colonne russe. Pour les Jeunes-Turcs, selon la version officielle, les Arméniens sont les victimes collatérales d’opérations militaires.

La défaite ottomane de 1918 entraîne la chute des Jeunes-Turcs, qui quittent le pouvoir en octobre 1918. Les principaux responsables prennent alors le chemin de l’exil ; procès leur est fait dans ce qui demeure encore pour quelques années l’empire ottoman. Enver meurt dans des conditions non élucidées, au Tadjikistan ; Jamal est tué en Géorgie par un Arménien voulant venger les victimes du génocide ; Talaat est assassiné dans son exil berlinois, également par un Arménien. La mémoire de ces trois personnages est vénérée en République turque.