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Alger : les petites manœuvres d’après-ramadan

Dans les salons algérois, les longues veillées du mois de ramadan sont propices à imaginer des scénarios, à monter des intrigues et à surprendre l’adversaire. Le cru 2013 n’a pas échappé à la tradition, d’autant que la « disparition » du président de la République, Abdelaziz Bouteflika qui n’est plus apparu en public depuis le 17 avril dernier et la fin prochaine de son mandat au printemps 2014 ont stimulé les ambitions et multiplié les combinaisons possibles.

Le coup le plus spectaculaire s’est passé au FLN, le parti historique, qui détient à lui seul 221 des 462 sièges de l’Assemblée populaire nationale (APN). Depuis le début de l’année, la succession de son dernier secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, renvoyé sans ménagement en janvier 2013, était restée ouverte faute d’un accord au sein du comité central dont il avait pourtant nommé personnellement la majorité des membres. Un « coordonnateur », désigné par le bureau politique, expédiait les affaires courantes et surtout, se refusait à convoquer en session les 324 membres du comité central. Sa vraie mission était de « geler » un poste stratégique pour la désignation du candidat du parti à la présidentielle prochaine.

Le 21 août, trois de ses membres ont obtenu le feu vert du ministre de l’intérieur pour convoquer le comité central. De son côté, le « coordonnateur » a arraché au Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative algérienne, l’annulation de la décision ministérielle. Cela n’a pas empêché la session de se tenir le 29 août, et les 274 membres du comité central présents à l’hôtel Auressi d’élire à main levée Amar Saadani, 63 ans, secrétaire général, les autres candidats s’étant désistés quelques minutes auparavant pour « ne pas diviser le parti ».

La prise est d’importance pour le camp Bouteflika. Le FLN est redevenu depuis 1999, grâce à lui, le premier parti d’Algérie. Il revient de loin : aux élections législatives du 5 juin 1997, il n’avait obtenu que 67 sièges sur 320 et n’était plus que la 3e formation du pays. Depuis les législatives du printemps 2012, il domine l’Assemblée nationale, passage obligé de la très attendue réforme constitutionnelle promise depuis maintenant presque trois ans. Le nouveau secrétaire général, qui n’a pas, contrairement à son prédécesseur, d’ambition présidentielle, a été le porte-parole du courant qui, depuis des mois, implore le président de se représenter pour un 4e mandat.

Pour autant rien n’est joué. Le procureur général d’Alger a lancé à la mi-août un mandat d’arrêt international contre neuf Algériens impliqués dans le scandale « Sonatrach 2 », du nom de la compagnie pétrolière nationale (plus de 55 milliards de chiffre d’affaire). Parmi eux, Chakib Khalil, 74 ans, ministre du pétrole pendant dix ans, désigné par une partie de la presse comme l’organisateur et le bénéficiaire supposé d’une corruption généralisée mise en place avec des sociétés italiennes et canadiennes. M. Khalil dément depuis les États-Unis où sa famille réside. C’est un proche du président Bouteflika qui est mis en cause, un membre de ce que ses adversaires appellent le « clan présidentiel », cette poignée de ministres arrivés grâce à lui aux affaires en 1999. Jusqu’où peuvent aller le scandale et le ministère de la justice, tenu par un ancien conseiller du président qui semble avoir changé de camp ?

L’autre obstacle à un éventuel 4e mandat tient évidemment à l’état de santé du président. Le 14 et le 15 août, la télévision algérienne l’a montré recevant le chef du gouvernement, Abdelmalek Sellal, et le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Ahmed Salah Gaïd, deux hommes qui lui doivent leur poste. La séquence était à chaque fois aussi brève que muette ; à l’évidence, M. Bouteflika n’est pas plus en état de parler en public à Alger en août qu’à Paris en juillet. Peut-il se remettre suffisamment dans les prochains mois pour mener une campagne électorale crédible et intimider ses critiques en France et aux États-Unis ? Seuls ses médecins le savent…

D’où l’ébauche d’un « plan B » également évoqué cet été dans les milieux politiques. La durée de l’actuel mandat présidentiel serait portée de cinq à sept ans, ce qui ferait l’économie d’un scrutin et reporterait la campagne électorale à 2016. La mesure pourrait être adoptée par un simple vote de l’Assemblée nationale, comme ce fut le cas de la précédente réforme constitutionnelle en 2008. M. Saadani aura les moyens, sinon l’autorité morale, de la faire passer… à main levée.