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Cinéma israélien : « Sharqiya », d’Ami Livne

Un campement de Bédouins près de Be’er Sheva devient un jour illégal au regard du droit israélien. Il doit donc être démoli. La narration du film va de la remise de l’ordre d’expulsion aux familles à la destruction par Israël du campement, aussitôt suivie par la reconstruction – illégale naturellement - de ce qui a été détruit. Le tournage du film a connu le même destin. Les autorisations de construction des décors n’ayant pas été accordées, l’équipe a dû les monter à la sauvette et les détruire au fur et à mesure que les scènes étaient tournées.

Le premier long métrage d’Ami Livne, Sharqiya (le vent d’Est), est un film quasiment documentaire sur l’existence des Bédouins du désert mal acceptés par Israël et peu adaptés à la vie urbaine. Il est avare de dialogue. Tout est signifié dès le début. L’ordre d’expulsion rappelle d’emblée la fatalité qui pèse sur les Bédouins quand bien même les personnages tentent de mettre le destin à distance en gagnant du temps. Ils échouent, tant la politique israélienne en la matière est implacable. Le réalisateur témoigne d’une évidente empathie pour ces marginalisés, politiquement et socialement, mais n’offre aucune solution. La scène où l’un des personnages invente un « attentat terroriste », qu’il déjoue aussitôt pour pouvoir attirer l’attention sur la cause des Bédouins est particulièrement réussie. Considéré comme un héros, il est interviewé par la télévision, ce qui lui permet de faire passer son message. Mais au journal du soir, la censure a fait son œuvre. Rien n’est dit ni sur l’identité bédouine de celui qui a « évité un drame » ni sur ses propos contre l’expulsion des Bédouins.

Le sort réservé par Israël à ces Israéliens-là est peu commenté par la presse occidentale. Ils seraient environ 150 000 Bédouins à vivre dans le Néguev, dont la moitié dans des villages illégaux ou non reconnus (introuvables donc sur les cartes officielles). Ils sont sunnites, de « nationalité » arabe mais se distinguent des Arabes d’Israël en ce sens qu’ils ne revendiquent pas une identité palestinienne, conscients que leur histoire a ses propres particularités. Ils n’ont quasiment pas de relation avec les Palestiniens des territoires occupés ou de Jérusalem-Est (et guère plus avec les Israéliens). La majorité des Bédouins ont été expulsés en 1948. Ceux qui sont restés ont été confinés à proximité de Be’er Sheva. Ils sont devenus israéliens au début des années cinquante. Depuis plusieurs décennies, Israël cherche à reprendre leurs terres (y compris en les rachetant à un prix dérisoire) et à les sédentariser. La plupart du temps, ils refusent d’aller habiter dans les quartiers des villes qu’Israël leur désigne. Quand ils acceptent ou y sont contraints, leur sédentarisation se fait au prix d’une ségrégation spatiale, culturelle, économique et sociale. Leurs quartiers sont parmi les plus pauvres et les moins développés d’Israël.

Les liens ci-dessous ne renvoient au film Sharqiya que dans la mesure où ils traitent également du sort réservé aux Bédouins du Néguev.

- « The Bedu Education : Military Zones » ;

- « Police, Bedouin clash as state demolishes condemned Negev mosque » ;

- « Bedouin village in Negev to be destroyed, Jewish settlement to be built on site ».