Politique, culture, société, économie, diplomatie

Dépasser les lignes rouges en Iran

« Red rose », un film de Sepideh Farsi

Téhéran 2009, au lendemain de l’élection du 13 juin qui reconduit pour quatre ans Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique. Les partisans de la ligne réformatrice représentée par Mir Hussein Moussavi se soulèvent contre le pouvoir, qu’ils accusent de fraude électorale. Les manifestations se transforment rapidement en affrontements violents entre les jeunes acteurs du « mouvement vert de l’espoir », la police et des groupes soutenant Mahmoud Ahmadinejad. Elles dureront plusieurs semaines et feront des milliers de victimes. Du jamais vu en Iran depuis la révolution de 1979, trente ans auparavant.

Red Rose raconte l’histoire d’une jeune activiste de 25 ans, Sara, qui trouve refuge chez Ali, un intellectuel de gauche désenchanté, pessimiste et solitaire et son aîné d’une trentaine d’années. Dans le huis clos de son appartement s’ébauche une brève histoire d’amour et de sexe au cœur de la contestation, où l’intime se mêle étroitement — et se heurte — au mouvement collectif. La relation sans avenir entre les deux amants est une métaphore pessimiste, voire cruelle, de l’histoire de deux générations d’Iraniens que tout sépare en apparence. À l’enthousiasme et à la vigueur sans idéologie qu’incarne Sara répond le deuil des idéaux révolutionnaires dévoyés qui hantent Ali. Pourtant, l’échec passé semble conduire à l’annonce du prochain même si, dans cette palpitation de l’histoire, un mouvement inverse s’amorce : Ali reprend pour un temps goût à la vie tandis que la répression grandissante du mouvement fait peu à peu sombrer les espoirs de la jeune militante.

RED ROSE Bande Annonce - YouTube

Sepideh Farsi, la réalisatrice, avait quitté Téhéran une semaine avant l’élection présidentielle et c’est en Grèce que son film a été conçu et réalisé, sur une idée du scénariste Javad Djavahery. Le prix à payer est de ne plus pouvoir retourner en Iran pour celle qui a déclaré avoir voulu faire « un film frontal, briser les tabous du cinéma iranien, faire des films autrement, sans se soumettre à la censure du régime »1, en dépassant les lignes rouges. Mission accomplie.

1Entretien avec Sepideh Farsi, Urban Distribution.