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L’encyclopédie en ligne de la « question de Palestine »

Conçue par l’Institute for Palestine Studies dans le cadre d’un projet conjoint avec le Palestinian Museum de Birzeit, l’Encyclopédie interactive de la question de Palestine a pour objet d’offrir au public le plus large, en arabe et en anglais, une histoire engagée de la Palestine moderne, de la conquête ottomane à nos jours. En espérant qu’elle connaitra bientôt une version française.

Nabil Anani, Faces of Jerusalem, 2018

L’Institute for Palestine Studies (IPS) cherche depuis une vingtaine d’années à présenter à un large public les connaissances et les documents accumulés depuis sa création en 1963 sur l’histoire de la Palestine. L’idée de base — inspirée du modèle Wikipédia — était de publier en ligne une série de courts textes informatifs plutôt pédagogiques, et une chronologie du « processus de paix » qui serait progressivement étendue pour couvrir d’autres sujets liés à la question palestinienne.

La Welfare Association/Taawon, partenaire de longue date de l’IPS, se préparait de son côté à lancer son projet phare, le Palestinian Museum. En 2012-2013, l’IPS et la Welfare Association cherchent ensemble ce qui pourrait être utile à la fois aux futurs programmes culturels du musée et à faire avancer la mission de l’IPS. Les deux organisations s’accordent sur la nécessité d’établir une chronologie des événements politiques et militaires qui ont façonné la Palestine depuis le milieu du XIXe siècle, reliée à des documents historiques et complétée par quelques articles de fond sur les principaux thèmes liés à la question palestinienne.

De la conquête ottomane à la colonisation israélienne

Début 2014, au cours de sa première phase d’élaboration, environ 1000 entrées chronologiques et 30 highlights (épisodes ou faits marquants) sont déjà prêts. Deux ans plus tard, s’appuyant sur l’expérience acquise, l’IPS développe des chronologies thématiques. La couverture des highlights a été élargie pour inclure non seulement les questions politiques et militaires, mais aussi les questions sociales et culturelles. Sont ajoutées dans la foulée des biographies d’intellectuels, d’artistes, de dirigeants, de combattants et de politiciens palestiniens qui ont marqué l’histoire de la Palestine au cours du XXe siècle. Puis un système de localisation géographique des villes et villages détruits, cités sur les cartes historiques de la Palestine.

En arabe et en anglais, le site se présente aujourd’hui comme une plateforme bilingue destinée aux universitaires, aux étudiants, aux journalistes et au grand public. Sa colonne vertébrale est une chronologie générale et détaillée — probablement la plus complète qui existe —, composée de quelque 2000 entrées. Elle commence avec la conquête du Levant par les Ottomans en 1516 et se termine — pour le moment — le 31 décembre 2018 sur un énième compte-rendu de l’avancée de la colonisation israélienne en Cisjordanie. Elle est subdivisée en treize grandes périodes historiques dont la dernière commence en janvier 2017.

Chaque événement mentionné est un lien qui aboutit à une fiche résumée et renvoie à un article signé d’analyse approfondie, suivi d’une bibliographie sélective et d’autres liens sur des événements complémentaires et des faits marquants. Chaque fait historique est également qualifié en fonction de sa nature à l’aide d’un ou deux termes : « contextuel », « action populaire », « institutionnel », « socio-économique », violence, « diplomatique », « juridique », « politique », « colonisation », « programme politique », « biographique », « culturel ». Le fait qu’ils ne soient pas cliquables ne permet pas, en revanche, d’afficher l’ensemble des documents qu’ils qualifient. Ils fonctionnent donc plutôt comme autant de surtitres.

On les retrouve dans les chronologies thématiques qui explorent l’histoire de manière transversale avec, par exemple, l’histoire de la diplomatie et des relations internationales, celle de l’OLP, les différentes étapes des guerres israélo-arabes et des cycles de négociations.

Ces multiples classements et cette pléthore d’hyperliens peuvent parfois donner le vertige et sembler très directifs. On comprend cependant qu’ils sont là dans un souci pédagogique, illustré par l’affirmation un tantinet contradictoire selon laquelle l’Encyclopédie a été voulue à la fois comme « objective » et « engagée ».

Les archives ne disparaissent pas

On peut aussi accéder directement à la page consacrée aux highlights, tous rédigés par des universitaires. Dans la centaine d’épisodes qui y sont présentés figurent notamment la réorganisation territoriale ottomane, le droit pénal dans la Palestine mandataire, la judaïsation de la Galilée, le Parti communiste palestinien, les réfugiés, ou encore les transformations des significations de la Nakba au cours du temps.

« Biographies » permet d’explorer la vie et l’œuvre de quelques « grands hommes » palestiniens — il n’y a que vingt femmes sur 109 profils —, et « Lieux » propose une carte de localisation des centaines de villages détruits par Israël pendant la Nakba. Chaque nom de village est un hyperlien qui conduit à une fiche le situant sur une carte locale, fournit des photos et des chiffres sur le nombre d’habitants, de propriétaires et sur les terres cultivables, décrit sa configuration d’avant 1948, son remplacement par des habitations juives le cas échéant et ce qui en reste aujourd’hui. Les événements historiques de la chronologie qui le concernent à divers titres sont également accessibles par des liens.

La section « Documents » est sans doute la plus riche en termes de ressources et constitue la principale manifestation du très long et minutieux travail d’archivage effectué par l’IPS depuis sa création. Des centaines de photos, de documents historiques, de cartes et de graphiques numérisés sont ici librement accessibles via un système de recherche et de tri par titre, date ou type de document. L’intérêt que cette section présente, notamment pour les universitaires ou les journalistes, est indiscutable.

Ce trésor archivistique et documentaire fonctionne, à l’image du site et du projet encyclopédique qui en est à l’origine, comme en miroir — sinon en réponse — à la question de l’effacement quasi annoncé de la Palestine qui forme le treizième et dernier chapitre de sa chronologie, sombrement intitulé : « Avec une impasse de plus en plus insurmontable, fin de la Palestine ? » (« With a growingly intractable deadlock, wither Palestine ? ») : les archives, elles, continuent de témoigner de son existence dans le temps et l’espace.

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