Politique, culture, société, économie, diplomatie
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Le dernier ambassadeur français de l’ère Ben Ali parle

Quoi de plus naturel pour un haut fonctionnaire limogé sans ménagement que de présenter un plaidoyer pro domo ? Pierre Ménat, le dernier ambassadeur de France auprès de l’ex-président Zine el-Abidine Ben Ali, raconte ses 17 mois passés à Tunis et consacrés, pour l’essentiel, à l’habituel train-train diplomatique, interrompu par la révolution. Après coup, on a voulu lui faire porter, avec la complicité de la grande presse parisienne, un chapeau trop grand pour lui : il n’aurait rien vu venir et serait « le » responsable de l’aveuglement obstiné de ses supérieurs et d’un fiasco politique embarrassant dans son ancien protectorat.

En réalité, l’épisode que retrace ce livre donne surtout à voir les tares de la gouvernance à la française. D’abord sa nomination. Énarque, spécialiste des affaires européennes, il a fait toute sa carrière sur le vieux continent. Il atterrit néanmoins à Tunis sans instruction particulière, par commodité administrative, son ministre lui doit une ambassade. Sur place, il n’aura jamais aucun entretien avec un Ben Ali malade qui ne reçoit personne, vit reclus et n’assiste même plus aux séances du conseil des ministres. À Paris, l’implosion lente du régime n’intéresse personne ; ni l’Élysée, ni Matignon, ni le Quai d’Orsay ne réagissent. Seules les grosses affaires et les relations avec les grandes puissances mobilisent les énergies et les passions. Et la « petite » Tunisie — comme l’avait qualifiée un jour Charles de Gaulle, agacé qu’Habib Bourguiba ose lui expliquer comment mettre fin à la guerre d’Algérie —, n’est pas sur le radar, à l’instar de nombreux pays jugés secondaires. La France se targue de posséder le plus grand réseau diplomatique du monde après les États-Unis, mais à lire le témoignage de Pierre Ménat, on peut légitimement s’interroger sur son utilité.