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Liban : un jour de la presse arabe et libanaise

Revue de presse du jeudi 23 mai 2013

La guerre en Syrie et ses répercussions au Liban ne sont que le dernier exemple d’événements qui mettent à jour la difficulté du pays à sortir de son statut d’enjeu régional pour accéder au statut d’acteur étatique qui lui permettrait de faire respecter sa souveraineté et son indépendance. La politique et la situation intérieure sont évidemment tributaires des événements en Syrie et de l’implication du Hezbollah dans les combats à Qoussair (Syrie). La presse libanaise en rend compte abondamment.

Elections législatives

Al-Liwa se dit convaincu que le Hezbollah fait tout ce qui est en son pouvoir pour reporter les élections législatives (prévues en juin) du fait de son engagement dans les combats en Syrie. L’Orient-le-Jour cite les propos de Walid Joumblatt qui s’étonne que certaines forces politiques prévoient l’organisation d’élections législatives dans le contexte régional actuel.

« Tripoli-Liban/Qoussair-Syrie : même combat »

L’Orient-le-Jour évoque la situation à Tripoli où les affrontements – « reflet de la guerre en Syrie » — ont provoqué la mort de 14 personnes et fait 280 blessés. Al-Akhbar insiste sur le retrait de l’armée de la ville de Tripoli, lasse d’être prise pour cible. Le journal reprend à son compte les propos d’un responsable de la sécurité qui estime que les troupes présentes à Tripoli pâtissent d’un manque de couverture politique dans cette région du Liban. Infos d’Alahed évoque aussi cette absence de couverture politique. Ce n’est pas l’avis de L’Orient-le-Jour qui affirme que l’armée a les coudées franches pour agir selon les besoins et les intérêts du pays. Le journal cite les propos martiaux du commandant en chef de l’armée, le général Kahwaji, qui a affirmé que l’armée « n’acceptera plus qu’elle ou le Liban soit pris pour cible et qu’elle prendra les mesures nécessaires qui correspondent à la gravité de la situation interne ». As-Safir ne se positionne pas sur cette question mais déplore que le sort de Tripoli soit désormais lié à l’issue de la bataille qui se déroule actuellement à Qoussair. Ce lien entre les événements de Tripoli et de Qoussair est ainsi défini par les responsables du 14 Mars qui déclarent que « les conflits fratricides sont le rêve d’Assad ».

L’implication du Hezbollah à Qoussair : positions des forces politiques libanaises

Al-Hayat indique que le président Sleiman aurait affirmé que « le Liban ne peut pas supporter les conséquences d’être lié à une résistance qui vise à la libération du Golan ».

La chaîne télévisée MTV a donné la parole à Samir Geagea, le chef des Forces libanaises, qui a estimé que la participation du Hezbollah aux combats en Syrie violait « les concepts de la coexistence, de l’État et de la souveraineté » et correspondait en pratique à « une abolition des frontières ». Il a vigoureusement demandé que le Hezbollah ne participe plus aux institutions de l’État libanais.

Al Liwa rappelle combien le camp chrétien du 8 mars est divisé. Michel Aoun est opposé à la résistance du Hezbollah dans le Golan et à toute implication dans la guerre en Syrie, ce que répète As-Safir en citant Aoun comme étant « contre l’expansion des opérations du Hezbollah pour inclure le Golan ». De son côté L’Orient-le-Jour cite Sleiman Frangié, le chef des Marada, qui juge que la neutralité est impossible dans les circonstances actuelles et qu’il vaut mieux prendre position aux côtés du Hezbollah. Il dit être en contact « permanent » avec Assad. Il s’est exprimé lors de la célébration de « la libération du Sud » au cours de laquelle des étudiants membres du Hezbollah ont brandi des drapeaux du Hezbollah et de la Syrie à proximité de l’université St Joseph de Beyrouth.

Tout en rappelant que le Hezbollah chiite combat en Syrie, An-Nahar croit savoir que d’autres chiites sont opposés à son implication dans les combats en Syrie. Ils pourraient se réunir prochainement pour en discuter.

Al-Moustaqbal annonce les obsèques des combattants du Hezbollah tués au combat à Qoussair. Il en publie les photographies. L’Orient-le-Jour décrit les affrontements qui ont lieu à l’occasion de ces enterrements, notamment à Saïda où des membres du Hezbollah se sont heurtés à ceux de cheikh Ahmad el-Assir, de la Jamaa islamiyya et des salafistes. L’argument était qu’un combattant sunnite du Hezbollah ne pouvait être enterré dans un cimetière sunnite.

Tribunal spécial pour le Liban

(Le tribunal a été inauguré le 1er mars 2009, sa mission est de poursuivre en justice les personnes accusées d’avoir perpétré en 2005 l’attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri et à 22 autres personnes). Il y a longtemps que le Tribunal spécial pour le Liban n’est plus la préoccupation première de la classe politique libanaise. La question de son financement resurgit de temps à autre. Dans le contexte actuel, il n’est pas fréquent qu’un organe de presse s’y intéresse. C’est pourtant ce que fait An-Nahar qui se demande « quelle est la partie » qui financera la contribution libanaise au fonctionnement du tribunal.

France/ Allemagne/ Hezbollah

Relativement nombreux sont les organes de presse libanais qui reprennent les propos tenus au Quai d’Orsay selon lesquelles « le régime de Bachar al-Assad cherche à étendre la crise syrienne dans les pays voisins et notamment au Liban ». Beaucoup citent les déclarations du ministre Laurent Fabius qui propose d’inscrire la branche militaire du Hezbollah sur la liste européenne d’organisations terroristes.

Al-Akhbar rapporte que les Allemands se proposent d’en faire autant. C’est essentiellement As-Safir qui souligne que cette politique est un revirement par rapport aux positions françaises et allemandes traditionnelles.

La presse consultée

- Al-Akhbar : proche des forces du 8 mars.

- Infos d’Alahed : information abondante sur le Hezbollah.

- Al-Liwa : conservateur sunnite.

- L’Orient-le-Jour : journal francophone proche des forces du 14 mars.

- Al-Moustaqbal : Fondé en 1999, « Le Futur » appartient à l’empire médiatique de l’ancien premier ministre Rafic Hariri.

- An-Nahar  : « Le Jour », fondé en 1933. Modéré et libéral, proche des forces du 14 mars.

- As-Safir  : « L’Ambassadeur » a été à l’origine financé par la Lybie. Quotidien nationaliste, proche des forces du 8 mars, souvent compréhensif à l’égard des thèses syriennes.