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Syrie : « déphasage » des pays occidentaux

Revue de presse du 29 avril au 5 mai 2013

L’impuissance occidentale ne vaut pas que pour l’Iran. Elle s’applique au cas syrien. Dès avril 2012, les États-Unis et l’Union européenne avaient demandé à Bachar al-Assad de quitter le pouvoir. Depuis, déclarations, réunions de l’opposition, sanctions contre le régime et aides variées à l’opposition (y compris militaires) n’y ont rien fait.

Le débat sur « faut-il intervenir ou pas » en Syrie est déjà ancien. Les récentes opérations militaires israéliennes en territoire syrien le font vieillir encore plus1.

Il y a quelques semaines, pour le dixième anniversaire de la guerre en Irak, les médias américains avaient procédé à un examen de conscience. La plupart de ceux qui avaient soutenu l’intervention — comme le Washington Post – ont bien voulu admettre qu’elle n’avait pas produit les effets escomptés2. L’opinion selon laquelle « si c’était à refaire, on ne la referait pas… » est largement répandue aux États-Unis. Les Américains ont perdu une grande partie de leur appétit pour la guerre au Proche-Orient. Barack Obama est le plus convaincu d’entre eux. Il enjoint l’Amérique à se montrer prudente sur l’aide à fournir (officiellement) à la rébellion. Le président a clairement fixé des lignes rouges qui, franchies par le régime syrien, entraîneraient automatiquement une réaction. Mais il reste vague sur la réponse à donner s’il était avéré que Bachar al-Assad a utilisé ou va utiliser l’arme chimique3, faisant valoir qu’il avait besoin de preuves dûment établies pour agir (allusion aux informations incomplètes ou fausses utilisées par son prédécesseur pour intervenir en Irak).

Sa prudence frustre l’Armée libre syrienne4. Des ballons d’essai sont régulièrement envoyés pour tester et former les opinions, tel celui du secrétaire d’État à la défense, Chuck Hagel5, qui confirme qu’« armer la rébellion est une option ». Mais la presse anglo-saxonne est dans son ensemble plus réservée. « Armer l’opposition reviendrait à jeter de l’huile sur le feu » prévient The Telegraph6. The Observer conseille de « ne pas se précipiter pour décider » (si des armes chimiques ont été utilisées)7. La France elle aussi a pris du recul8. Le colonel Lawrence Wilkerson, ancien chef d’état-major de Colin Powell, a fait valoir que nul ne sait si Bachar al-Assad avait utilisé l’arme chimique. Il n’exclut pas que ce soit Israël qui « ait monté de toutes pièces ce dossier »9.

La mesure la plus concrète aura été la levée de l’embargo européen sur le pétrole syrien10 pour que les champs pétroliers désormais contrôlés par l’opposition lui fournissent une source de revenus fiable. Washington et ceux qui soutiennent l’opposition ont bien accueilli cette décision, mais ses effets ne sont pas assurés dans la mesure où le régime contrôle les oléoducs et les terminaux vers la Méditerranée. Par ailleurs, la levée des sanctions européennes fait courir le risque de diviser une opposition déjà fragmentée pour le contrôle de la zone (gouvernorat de Deir ez-Zor). Le général Selim Idriss, commandant l’Armée syrienne libre, a demandé une aide pour créer une unité militaire spéciale chargée de la sécurité de la région11.

C’est Haytham Manna, responsable de la coordination nationale, qui résume le mieux les contradictions internationales à l’égard de la Syrie : « les pays occidentaux sont en déphasage les uns par rapport aux autres », étant passés de la « militarisation de la révolution » à la « militarisation de l’approche politique »12.