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Un prénom pour « l’Arabe » de Camus

Entretien avec Kamel Daoud, auteur de « Meursault, contre-enquête »

Kamel Daoud, journaliste algérien, ose s’attaquer au monument littéraire qu’est L’Étranger d’Albert Camus dans Meursault, contre-enquête, un livre qui vient de recevoir le Goncourt du premier roman. Plus qu’un hommage, c’est « une tentative de dépassement », dit-il dans un entretien avec Orient XXI pendant le Salon du livre francophone de Beyrouth (24 octobre-1er novembre 2015).

Kamel Daoud au salon du livre de Beyrouth, octobre 2015— YouTube
© Chloé Domat, 2015

L’Étranger d’Albert Camus est ce qu’on appelle communément un livre de référence. Couronné d’un prix Nobel de littérature, adapté au cinéma par Luchino Visconti, enseigné dans les collèges et les lycées, c’est un incontournable, un classique, un monument sacré. Ce premier roman d’Albert Camus se déroule en Algérie et raconte l’histoire de Meursault, un Français qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère, tue un « Arabe » sur une plage et finit en prison. Dans son roman Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud en propose une autre lecture, celle de « l’Arabe » justement.

Albert Camus ne donne pas de nom à l’« Arabe ». Kamel Daoud le nomme Moussa et donne la parole à son frère, Haroun, pour qu’il raconte sa version des faits. « Moussa, Moussa, Moussa… J’aime parfois répéter ce prénom pour qu’il ne disparaisse pas dans les alphabets (…). Un homme vient d’avoir un prénom un demi-siècle après sa mort et sa naissance » (p. 23). Tout au long du roman, le personnage d’Haroun répond à l’écrivain Camus. Il lui décrit aussi une Algérie qu’il n’a pas connue, celle des années 1960 à nos jours. « Après l’Indépendance plus je lisais le livre de ton héros, plus j’avais l’impression d’écraser mon visage sur une salle des fêtes où ni ma mère ni moi n’étions conviés. Tout s’est passé sans nous. Il n’y a pas de traces de notre deuil et de ce qu’il advint de nous par la suite. » (p. 74). Dans une langue parfaitement maîtrisée et acérée, Haroun questionne l’écriture de l’Histoire, le sentiment d’appartenance, le rapport aux femmes, au sacré, au politique…

Kamel Daoud, journaliste algérien connu pour ses chroniques dans Le Quotidien d’Oran et dans la presse internationale signe ce premier roman avec une plume remarquable vite récompensée. Meursault, contre enquête a reçu le Prix François Mauriac 2014, le prix Cinq Continents de la francophonie 2014 et le prix Goncourt premier roman 2015.