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Kurdistan. À Diyarbakir, les mille et une facettes de la résistance civile

La vague de répression ayant suivi la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 en Turquie a particulièrement touché le Kurdistan, à l’est du pays. À Diyarbakir, le tissu associatif très dense soutenu par la mairie HDP a été démantelé et de nombreux fonctionnaires des services sociaux, culturels et éducatifs ont été limogés. Mais une dynamique nouvelle de résistance civile renaît un peu partout dans les villes, portée par la jeunesse kurde.

Une terrible répression s’est abattue sur le Parti démocratique des peuples (HDP)1, un parti pourtant légal. Depuis son succès aux élections législatives de 2015, il est considéré comme une menace sérieuse par le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir à Ankara. Outre les arrestations de ses représentants sous prétexte de leur « soutien à une organisation terroriste » — c’est-à-dire au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) kurde — ou « menace pour la sécurité et l’unité de l’État », dans une trentaine de communes kurdes les maires élus du HDP ont été démis de leurs fonctions et remplacés par des administrateurs nommés par l’État mi-septembre 2016.

Les deux co-maires de Diyarbakir, Gültan Kisanak et Firat Anli, élus en 2014 en co-gouvernance (un homme et une femme) comme le veut la charte du HDP, n’ont pas échappé à cette répression. Dans la foulée de leur limogeage — Ils seront incarcérés fin octobre 2016 —, près d’une cinquantaine d’associations de la ville ont été fermées. Le pouvoir utilise pour cela le décret-loi Kanun Hükmünde Kararname (KHK) adopté dans le cadre de l’état d’urgence, qui permet de fermer des structures et de licencier des personnes sans processus juridique.

Mairie centrale de Diyarbakir

Des structures trop autonomes

Les structures qui ont été fermées travaillaient dans le cadre du Congrès pour une société démocratique (DTK). Moins connu que le HDP dont il est un élément clé, le DTK a pour rôle depuis sa création en 2011 de fédérer et d’organiser toutes les initiatives politiques, syndicales, sociales, économiques, culturelles visant à la mise en place du confédéralisme démocratique et de l’autonomie au Kurdistan. Après avoir fermé les yeux pendant le processus de paix jusqu’en 2014, l’État veut à présent détruire toutes les alternatives mises en place par le mouvement kurde2 pour acquérir un début d’autonomie.

Le DTK avait par exemple installé des conseils populaires de quartiers. Tous fermés à présent, ils permettaient aux mairies d’avoir un lien direct avec les habitants, leur donnant la possibilité d’agir localement. « Dans certaines villes et districts où nous servons en tant qu’administrateurs locaux, les déclarations d’auto-organisation (...) ont été décidées avec l’accord commun des assemblées populaires locales, les organisations de la société civile, les initiatives civiles et les administrations locales dans le cadre des principes de la décentralisation en tant qu’acte civil contre la pression de l’État », peut-on lire dans une lettre du Parti démocratique des régions (DBP, composante kurde principale du HDP) adressée au Conseil de l’Europe qui dénonce la répression violente de ces initiatives. La mairie de Diyarbakir soutenait le large tissu associatif du DTK dans le cadre de sa politique de la ville : coopératives de femmes, centres culturels, lieux d’éducation populaire, apprentissage de la langue kurde... Leur fermeture, accompagnée par la vague de licenciements dans la fonction publique, a laissé sans emploi bon nombre de fonctionnaires, professeurs, assistants sociaux, psychologues, dans une région qui souffrait déjà d’un chômage endémique. Et a fait des habitants, notamment des plus démunis, les victimes collatérales de la répression.

Les associations Rojava et Sarmasik venaient en aide aux plus défavorisés : réfugiés, déplacés internes suite aux combats des années 1990 et 2016, mères seules... Sarmasik existait depuis dix ans, et malgré plusieurs tentatives gouvernementales pour la fermer, elle recevait même le soutien de proches de l’AKP, d’après V., ancienne coordinatrice. Elle fournissait des repas à environ 5 000 familles, soit 35 000 personnes, distribuait des bourses et organisait des activités de soutien scolaire pour les enfants de familles démunies, ainsi que des formations pour les femmes afin d’aider à leur émancipation. Lorsque le local de l’association a été confisqué par la nouvelle mairie et ses comptes gelés, du jour au lendemain toutes les familles qui venaient y chercher de l’aide se sont retrouvées sans rien. Et la nourriture de la banque alimentaire a été laissée à pourrir, la police interdisant d’organiser une ultime distribution. « Ma famille a coupé les ponts avec moi, il n’y avait que Sarmasik qui m’aidait », soupire « Dilan » qui préfère ne pas donner son vrai prénom. « Quand nous avons vu que l’association avait fermé, nous étions désespérées. Ça fait cinq mois que plus personne ne nous aide ». À 35 ans, elle élève seule deux adolescentes, après avoir dû fuir la violence de son mari. L’association Sarmasik la soutenait depuis dix ans. Malgré une maladie qui la handicape gravement, elle a dû se résoudre à reprendre le travail. Ce qu’elle gagne suffit à peine à couvrir le loyer et elle accumule les dettes chez les commerçants du quartier. Le marché du travail étant saturé, il ne reste que de petits boulots qui ne permettent pas de survivre. Les aides pour couvrir les besoins de ses filles ont été coupées.

« Dilan »

Dilan n’est qu’un exemple parmi des milliers, les plus durement touchés étant les familles déplacées suite aux affrontements urbains de 2015 et 2016. L’aide que l’association Rojava leur fournissait a diminué de près de 80 %. Rojava comme Sarmasik essayent malgré tout de relancer le soutien aux familles dont elles s’occupaient de manière informelle, via leurs réseaux de bénévoles ou d’autres ONG. Mais comme l’explique V., la pression de l’État sur les donateurs est telle que les fonds manquent pour prendre en charge toutes les familles dont ils s’occupaient auparavant.

En s’attaquant aux organisations légales mises en place depuis une dizaine d’années, le gouvernement espérait ainsi casser toute velléité d’autonomisation et d’opposition de la part du mouvement prokurde, tout en le coupant de son soutien populaire. Il est indéniable que politiquement, les centaines d’arrestations auront durement touché le HDP et sa capacité d’organisation politique. Mais la persévérance des acteurs du réseau associatif et la culture politique d’auto-organisation auront été plus fortes.

Une chaine de télévision pour les enfants

Helim, un peu moins de 30 ans, travaillait sous l’ancienne municipalité dans une structure culturelle. « Pour nous l’éducation est primordiale. Même si le travail politique est contraint de s’arrêter, l’éducation doit continuer. L’éducation dispensée par l’État vise à nous assimiler, elle nous enseigne à oublier : qui nous sommes, notre culture, notre langue, notre esprit critique. » Ces politiques d’assimilation datent de la création de la République turque. Ismet Inönü3, l’un de ses fondateurs, auteur dans les années 1930 d’un rapport intitulé Restructuration de l’est resté longtemps secret, déclarait : « Il n’y a aucun sens à enseigner dans des écoles différentes à des enfants turcs et kurdes. Ils doivent être éduqués ensemble à l’école primaire. Cela sera très efficace pour turquifier le peuple kurde. »

Répétition de {tambur} dans un centre culturel, Pale, nouvellement créé.

Contrer l’assimilation est par exemple une démarche à l’origine de la création de Zarok TV, une chaîne en langue kurde à destination des enfants. Fermée pendant deux mois par décret KHK, elle fait partie des rares structures dont la réouverture a été autorisée. La chaîne ne publie aucun contenu politique, mais son existence même est un acte de résistance, comme l’explique sa coordinatrice, Dilek : « L’idée fondatrice de Zarok TV est que les enfants kurdes eux aussi ont droit à des divertissements dans leur langue. La précédente génération, sous la pression des politiques d’assimilation, a voulu oublier sa langue. (...) Zarok TV essaye de contribuer à la diffusion de la langue et la culture kurde pour contrer les politiques d’assimilation, et faire passer le message que parler sa langue est quelque chose de naturel (...). Nous voulons que la nouvelle génération accepte et revendique son identité. Le système éducatif ici apprend aux enfants qu’ils seront de bons Kurdes quand ils parleront parfaitement turc. Pour cette raison, les familles veulent que leurs enfants parlent turc et ne leur apprennent pas le kurde. Nous, nous disons le contraire. (...) ». Cela illustre à quel point la lutte culturelle est importante au Kurdistan. Comment se restructure-t-elle ?

Zarok TV
Chaîne de télévision en kurde qui diffuse des programmes à destination des enfants depuis le 21 mars 2015.

Toutes les associations n’ont pas eu la même chance que Zarok TV. Mais plutôt que d’attendre un quelconque apaisement de la situation, elles tentent de se reformer sous l’impulsion de leurs anciens membres. Helim explique : « Nous essayons de nous réorganiser. Nos associations culturelles étaient liées à la mairie HDP. Maintenant, nous ouvrons des entreprises privées pour continuer nos activités. Par exemple, pour la musique, il y avait le centre Aram Tigran. Comme il a fermé, les professeurs se sont associés pour ouvrir un nouveau centre, mais sous la forme d’une école de musique privée. » Au sein de ces entreprises, ils reprennent les mêmes activités qu’auparavant, mais cette fois sans dépendre de fonds publics.

Centre Ma müzik
Dédié à l’apprentissage de la musique et de la langue, ce centre a été ouvert par l’ancienne équipe du centre culturel Aram Tigran, fermé par l’administrateur nommé à la place des maires élus de Diyarbakir.

Même chose pour le théâtre municipal, qui existait depuis 27 ans. Après le licenciement de son équipe, celle-ci s’est regroupée pour ouvrir le théâtre privé Amed Shehir. Le succès de leur deuxième pièce, Qirix, témoigne de leur réussite. « Le théâtre, en faisant rire les gens, se veut une résistance contre la peur imposée par les médias étatiques et le climat d’état d’urgence », explique Yavuz, un des acteurs, qui affirme même que ne plus dépendre de la mairie leur donne une liberté de parole encore plus grande.

Théâtre Amed Sehir, avec la pièce {Qirix} à l’affiche et une exposition dans le hall.

Le lieu accueille également des expositions, comme dernièrement les peintures de Zehra Dogan, anciennement journaliste à l’agence Jinha (Jin Haber Ajans, une agence de presse composée uniquement de femmes) et condamnée à trois ans de prison pour ses toiles évoquant les massacres commis dans les villes kurdes. La presse indépendante kurde s’inscrit elle aussi dans la même dynamique. Les agences et médias fermés, malgré les arrestations, rouvrent sous de nouveaux noms. Jinha devient ainsi Ṣujin. Leurs journalistes, privés d’accréditations officielles, doivent toutefois travailler en redoublant de précautions, devant parfois se cacher pour éviter les arrestations arbitraires simplement pour avoir fait leur travail.

Autre élément important du tissu associatif, les coopératives économiques, étrangement épargnées par les fermetures, continuent à fonctionner, mais au ralenti. Le réseau de coopératives de femmes Ekojin a tout de même réussi à lancer quelques nouveaux projets. Enfin, les écoles où enfants et adultes pouvaient apprendre le kurde ayant été fermées, les cours ont repris à l’abri des regards dans des cafés ou des maisons privées, ou par l’intermédiaire d’autres activités comme la musique.

Cours de kurde dans un café.

Le pouvoir aux habitants

Chose remarquable, cette dynamique de création n’est pas limitée aux cercles des militants les plus politisés. Gülan et Umit travaillaient en tant qu’assistants sociaux pour l’ancienne mairie. Ils ont été licenciés l’un après l’autre. Plutôt que rester isolés, ils ont décidé d’ouvrir un café avec leur ami Seyhan, où se retrouvent et travaillent leurs anciens collègues, leur permettant de maintenir entre eux un lien social que le gouvernement a cherché à couper par la peur. Parallèlement, ils ont monté une association dans laquelle une quarantaine de travailleurs sociaux licenciés interviennent pour animer des activités de soutien psychologique à destination des enfants du quartier de Sur traumatisés par les combats et destructions de 2015.

Ebru, Dilek et une autre femme travaillaient dans le secteur social pour l’ancienne municipalité. Après leur licenciement, elles se sont regroupées pour ouvrir Bê jing, un petit restaurant qui a commencé son activité le 1er avril.

Après avoir bataillé, ils ont fini par trouver des financements auprès de diverses organisations internationales. « Après tout ce qu’ils ont subi, c’était un devoir pour nous de faire quelque chose pour ces enfants »,explique Gülan. « Les aider à aller mieux nous aide nous aussi à nous sentir mieux, et nous avons le sentiment de faire quelque chose d’utile. Avant d’être virés, nous nous occupions de leurs familles, c’est un moyen pour nous de continuer ce travail. » M., membre de leur collectif, ajoute pour expliquer leur démarche : « il y a plein d’organisations différentes, avec des manières différentes de lutter ; toutes ne sont pas armées, tout le monde ne peut pas prendre les armes, nous ne sommes pas des robots. Mais toutes se battent pour la même chose : la liberté. » Ainsi se crée une myriade d’organisations de taille plus ou moins importantes, plus ou moins connectées aux organisations politiques, mais agissant toutes dans une volonté de s’autonomiser par rapport à l’État et de lutter dans la société civile pour les droits du peuple kurde.

Répétition de la pièce {Qirix,} une série de scènettes humoristiques sur Diyarbakir
Le théâtre, en faisant rire, se veut une résistance contre la morosité imposée par le climat d’état d’urgence.

Pour Helim, ce dynamisme s’explique par la politique menée par le mouvement kurde, DTK et HDP, et par la forte conscience politique des habitants : « Dans le passé et jusqu’à aujourd’hui, le parti essaye de donner le pouvoir aux habitants. Tout le monde peut accéder aux postes à responsabilité dans les assemblées, après avoir reçu une formation. Il n’y a pas de leader qu’on ne peut remplacer. C’est pour ça que malgré les nombreuses arrestations, l’organisation ne s’est pas écroulée. Les gens ici sont très politisés. »

Helim, Gülan, V., M. mais aussi des dizaines d’autres croisés dans différentes villes du Kurdistan et impliqués dans cette dynamique de résistance civile sont souvent jeunes, entre 20 et 35 ans. Ils ont étudié, mais à cause de la situation économique sinistrée au Kurdistan se sont retrouvés sans emploi. Parfois ils travaillaient dans des secteurs sociaux – municipalité, éducation, et ont été licenciés suite au coup d’État. Ils sont souvent issus de milieux populaires, avec des parents travailleurs précaires, petits fonctionnaires ou enseignants. Ils vivent dans les villes ; la plupart se rappellent avoir migré des campagnes dans les années 1990, mais ils ne gardent que quelques souvenirs de cette époque. Ils ont intégré les récits du village de leurs parents, et vont y passer quelques jours dans l’année quand il existe encore. Leur conscience politique s’est forgée en étant témoins et victimes de la répression et de la situation économique sinistrée. Ils connaissent le PKK depuis leur enfance, et lui vouent une profonde admiration et un soutien indéfectible, mais qui sait être critique. Malgré tout c’est pour eux le seul mouvement fort qui se bat pour défendre les Kurdes.

Le changement de paradigme du mouvement à partir de 2005, du nationalisme vers le confédéralisme démocratique, puis l’arrivée dans les mairies du HDP et la création du DTK coïncident plus ou moins avec le moment où une partie de ces trentenaires d’aujourd’hui étaient étudiants et s’intéressaient aux théories du mouvement kurde. Ils ont donc intégré rapidement les idées liées à l’autogestion et au communalisme, qui font désormais partie de leur culture politique. On le voit par exemple à travers l’usage du mot « communalisme » qui revient souvent pour désigner le fonctionnement de tel ou tel projet. Les succès électoraux du mouvement kurde en Turquie et l’expérience du Rojava4 les ont convaincus que c’était un modèle à suivre pour gagner leur liberté, même si la connaissance réelle des idées varie selon le degré de politisation des individus. Parallèlement, un certain nombre de ces jeunes réaffirme une identité culturelle kurde que leurs parents, victimes de répression violente dans les années 1990 ont parfois voulu oublier, notamment en poussant leurs enfants à parler turc et en ne leur apprenant pas le kurde. Certains peuvent avoir un discours très dur envers la génération précédente, les accusant de ne pas avoir résisté à l’assimilation. Leur démarche actuelle est à associer à celle d’autres jeunes qui ont choisi eux la lutte par les armes, et sont morts par centaines dans les quartiers des grandes villes de l’est où ils avaient déclaré l’autonomie, créant un traumatisme supplémentaire au sein de la population.

Les villes remplacent la montagne

Dans les semaines ayant précédé le référendum du 16 avril 2017, le temps semblait suspendu au scrutin à venir sur la présidentialisation du régime turc. Le HDP a décidé de mobiliser toutes ses forces militantes dans la campagne pour le non. Au bout d’une campagne durant laquelle le gouvernement aura tenté d’étouffer les voix de l’opposition et d’un scrutin entaché d’irrégularités5, les grandes villes du Kurdistan, en particulier celles ayant souffert des destructions en 2015 et 2016, auront voté non, démontrant que la population dans sa majorité n’a pas retiré son soutien au mouvement kurde6.

Mais contrairement aux villes de l’ouest, les résultats n’auront pas provoqué de manifestations dans les villes de l’est. Pour une population usée par deux ans de répression accrue et d’état d’urgence — d’ailleurs renouvelé dans la foulée du vote — ce scrutin ne représentait pas une étape déterminante. Personne ne s’attend à ce qu’il soit source de changement au quotidien, si ce n’est en pire. Le choix du HDP de s’y investir autant n’a fait pas l’unanimité dans le mouvement kurde. Quelques semaines avant le vote, Helim disait : « la campagne pour le non, c’est bien, mais on y consacre trop d’énergie. Nous ferions mieux de nous concentrer sur les choses importantes, les coopératives, le système communal, et de reconstruire ce qui a été détruit. »

L’appropriation des idées politiques du leader du PKK Abdullah Öçalan7 par une jeunesse urbaine déterminée à agir quelle que soit la manière, sans forcément vouloir rentrer dans les cadres existants, l’affaiblissement du fait de la répression des organisations politiques légales (DBP et HDP), et les débats au sein de celles-ci sur les stratégies à adopter, tout cela contribue à lancer une dynamique nouvelle pour le mouvement kurde, et peut être à redistribuer les équilibres de pouvoir entre ses différentes composantes8.

Si autrefois, les idées du PKK se diffusaient de la montagne dans les villages puis les villes, depuis ces dernières années celles-ci jouent un rôle de plus en plus important qui n’est plus ignoré par la direction du parti dans les montagnes de Qandil, malgré le poids que celle-ci conserve sur les orientations du mouvement. Un des défis de la jeunesse kurde qui entend maintenant faire entendre sa voix sera de contribuer à construire une opposition capable de résister à une répression de plus en plus dure de la part d’un État qui agit au Kurdistan à la manière d’une puissance coloniale.

1Ses deux co-dirigeants, Figen Yuksekdag et Selahattin Demirtas, sont aujourd’hui emprisonnés.

2Par mouvement kurde nous entendrons ici les organisations se réclamant du confédéralisme démocratique. Leur popularité ne doit pas faire oublier qu’elles ne sont pas soutenues par toute la population kurde, dont une partie, par conservatisme ou par intérêt, reste proche du régime turc.

3Ismet Inonu a servi comme colonel durant la période ottomane, puis comme général et ancien chef de la défense durant la période de la République  ; après la proclamation de la République, il fut le premier premier ministre et second président de la Turquie.

4Le 17 mars 2016, les Kurdes de Syrie ont proclamé une entité «  fédérale démocratique  » qui comprennent notamment les trois «  cantons  » kurdes d’Afrine, de Kobané et de la Djézireh (en Syrie).

5Des témoignages avérés font état de bourrage d’urnes, et d’intimidations des forces armées dans les bureaux de vote.

6Dans certaines analyses, il est relevé que le oui a obtenu des pourcentages parfois élevés, et même remporté les suffrages dans certaines villes du Kurdistan. Ces résultats mériteraient une étude poussée, mais il ne faut pas oublier que la population du Kurdistan ne compose pas un groupe homogène et reste conservatrice, ni l’étendue des pressions exercées par les forces militaires et paramilitaires dans les petits villages.

7Emprisonné à l’isolement sur l’île d’Imrali depuis 1999. Depuis 2005, le PKK a pour ligne politique le confédéralisme démocratique.

8Du fait d’une discrétion nécessaire à son fonctionnement, les rouages internes du mouvement kurde ne sont pas faciles à étudier  ; nombre d’écrits actuels universitaires ou journalistiques l’analysent encore via des schémas qui ne sont plus valides et ne prennent pas toujours en compte sérieusement le nouveau paradigme du mouvement.