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Photoreportage

Sahara occidental. Le Maroc pêche en eau trouble, l’Union européenne finance

Les principales activités de pêche du Maroc ont aujourd’hui lieu illégalement au Sahara occidental et s’accompagnent d’une migration massive de travailleurs marocains. Contre le droit international, l’Union européenne participe à cette colonisation marocaine en finançant notamment la construction de villages et d’infrastructures sur le littoral saharien.

Filets de pêche et petits commerces dans le port de Laâyoune
© Elli Lorz, février 2017

Le Sahara occidental est considéré comme un territoire non autonome par les Nations unies, une colonie en attente du processus d’autodétermination. Le Maroc est lui considéré comme la puissance occupante depuis l’annexion du territoire en 1975. En conséquence, le droit international stipule que le Maroc ne peut pas exploiter les ressources naturelles de ce territoire sans l’accord explicite du peuple sahraoui. En tant que puissance occupante, elle ne peut déplacer sa population civile dans le territoire qu’elle occupe.

Les deux acteurs étrangers les plus importants dans le secteur de la pêche au Sahara occidental sont aujourd’hui l’Union européenne (UE) et la Russie. Depuis 2016, la Cour de justice de l’UE (CJUE) a déclaré que puisque le Sahara occidental a un « statut séparé et distinct » du Maroc, aucun accord commercial ou d’association de l’UE avec le Maroc ne peut être appliqué au territoire sans le consentement explicite du peuple sahraoui.

Cependant l’accord de pêche Maroc-UE n’a pas été annulé. De 2014 à 2018, dans le cadre de cet accord, l’UE aura accordé au Maroc une aide de 56 millions d’euros pour le développement de son secteur pêche, dépensé à plus de 66 % pour développer les infrastructures dédiées à la pêche au Sahara occidental — avec l’approbation explicite de l’UE pour chacun des projets. Pourtant, en vertu du droit international, « tous les États sont tenus de ne pas reconnaître une situation illégale résultant d’une annexion. Ils sont en outre dans l’obligation de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de cette situation illégale. »

Le soutien de l’UE pour la pêche aura grandement participé à renforcer l’industrie halieutique marocaine, en développant une dizaine de ports et de villages pour pêcheurs au Sahara occidental. En offrant ainsi des possibilités de travail aux Marocains, une migration massive s’est mise en place et colonise le littoral. Au fur et à mesure, les bidonvilles de Marocains se déploient autour des ports et seront prochainement absorbés par les villes nouvelles.

À mesure que l’exploitation des ressources et l’occupation marocaine progressent dans ce désert, les chances pour le peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination se réduisent.

Cliquer sur une photo pour lancer le diaporama.

  • Ancien poste de surveillance dans le port de Laâyoune
    L’exploitation illégale au Sahara occidental étant progressivement remise en cause, deux contrôles de police à l’entrée du port veillent pour en empêcher l’accès aux journalistes ou ONG étrangères.
  • Bidonville de saisonniers originaires de Marrakech, au sud du village de N’Tireft
    Les pêcheurs se répartissent dans les deux bidonvilles de N’Tireft en fonction de leurs villes d’origines.
  • Bidonville des pêcheurs marocains de Lamhiriz (mars 2017)
    Le bidonville s’est développé à côté du nouveau village pour pêcheurs inoccupé, en partie financé par l’Union européenne dans le cadre du protocole de pêche UE-Maroc.
  • Bidonville marocain de Labouirda (avril 2017)
    Le bidonville s’est développé à côté du nouveau village de pêcheurs, en partie financé par l’Union européenne dans le cadre de la troisième année du protocole de pêche UE-Maroc.
  • Deuxième site de débarquement du village de N’Tireft
    Les pêcheurs se répartissent dans les deux points de débarquement en fonction de leurs villes d’origine.
  • Groupe de Marocains devant un bateau qui se prépare à partir en mer, au port de Laâyoune El-Marsa
    De 2014 à 2018, dans le cadre du protocole de pêche avec le Maroc, l’UE a financé des tunnels de lavage pour les ports de Dakhla et Laâyoune. Ces systèmes de tunnel permettent de laver plus de caisses en plastique contenant le poisson fraîchement pêché. Le but du financement est d’aider au développement de ce secteur.
  • Halle au poisson dans le village de Lamhiriz
    Ces trois dernières années, l’UE a financé à la mise à niveau de cette halle au poisson, ainsi que l’équipement nécessaire au transport des produits de la pêche.
  • Lamhiriz et sa mosquée
    Village créé par les autorités marocaines en 2009 avec un financement de l’UE sur trois ans et resté quasi inoccupé, à côté du bidonville où vivent les pêcheurs marocains.
  • Logements neufs destinés aux pêcheurs marocains dans le village de Labouirda (avril 2017).
    Ces infrastructures situées à140 km au sud de Dakhla ont été financées par l’UE dans le cadre de la troisième année du protocole de pêche EU-Maroc. Quelques pêcheurs du bidonville adjacent y squattent des maisons.
  • Point de débarquement des barques artisanales à Lakraâ (février 2017)
    Beaucoup de Marocains viennent pêcher ici le poulpe plusieurs mois par an, répartis autour d’une dizaine de villages de pêcheurs implantés au Sahara occidental
  • Point de débarquement des bateaux de pêche de N’Tireft
    Le village de N’Tireft se situe à 70 km au nord de Dakhla. Les tracteurs remontent le produit de la pêche à la halle au poisson. Le Maroc projette de créer ici un complexe industriel portuaire, « Dakhla Atlantique ».
  • Sur un parking proche du port de Laâyoune, ces camions réfrigérés attendent leur cargaison de poissons destinés aux usines de Laâyoune et Agadir
    Les produits à base de poisson issus des usines d’Agadir proviennent généralement du Sahara occidental, mais sont exportés sous le label « produit du Maroc ».

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