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Piliers

La religion islamique s’appuie à la fois sur des croyances et sur une pratique. Les croyances tout comme les actions ont leurs piliers, désignés en arabe1 par le terme arkan, pluriel de rukn. L’ensemble des croyances et l’ensemble des actions comportent des éléments particulièrement importants, comparables aux piliers pour un édifice, c’est-à-dire les éléments qui constituent sa base et garantissent sa stabilité.

La racine R-K-N signifie « pencher vers », « résider », « avoir confiance en ». Le rukn d’une chose est ce qui la renforce, il s’agit donc de son élément le plus solide. Ce mot est repris dans une expression populaire arabe pour désigner le membre le plus important du groupe, qui apporte force et soutien : « Untel est le rukn de son groupe ». Ce terme est également utilisé dans des expressions similaires en langue française. Les piliers de la foi (arkan al-imane) et les piliers du culte (arkan al-dine) dits encore « piliers de l’islam » (arkan al-islam) sont parmi les caractéristiques de cette religion.

Nous aborderons dans cet article la manière dont la question se pose chez les musulmans sunnites, laissant de côté le chiisme.

Les piliers du culte musulman sont au nombre de cinq — dans l’ordre d’importance : l’attestation de la foi « Il n’existe aucune divinité en dehors de Dieu l’unique et Muhammad est son prophète » ; la prière (cinq fois par jour) ; l’aumône légale (zakat, impôt annuel) ; le jeûne du mois de ramadan ; enfin, le pèlerinage à La Mecque (au moins une fois dans la vie, si possible). Cela équivaut aux pratiques rituelles de la religion catholique.

Si ces piliers sont relativement bien connus, les piliers de la croyance le sont en revanche moins. La croyance constitue pourtant l’assise de cette religion : ne pas en avoir connaissance et ne pas y adhérer remet en question l’adhésion même à l’islam et sa pratique.

D’Abraham à Muhammad

La croyance (al-aqida) définit la foi islamique (al-imane, selon l’une des acceptions de ce terme) et recouvre pour les musulmanes et les musulmans les principes sur lesquels se fonde leur adhésion (complète et volontaire). Les piliers de la foi sont au nombre de six pour les sunnites. On les trouve énumérés dans le Coran — parole de Dieu pour les musulmans, révélée au prophète Muhammad il y a plus de 1450 ans dans le désert de la péninsule Arabique — notamment dans la deuxième sourate intitulée « La vache » (Al-Baqara) :

Tous [les croyants] ont cru en Dieu, en ses anges, en ses livres et en ses messagers (en disant) : « Nous ne faisons aucune distinction entre ses messagers » (extrait du verset 285).

et :

La piété […], c’est croire en Dieu, au jugement dernier, aux anges, aux Livres et aux prophètes ; […] accomplir la prière, s’acquitter de l’impôt, […] se montrer patient dans l’adversité, dans le malheur et face au péril. Telles sont les vertus qui caractérisent les croyants pieux et sincères ! (extrait du verset 177)

À cela s’ajoute la croyance au destin ou à la prédestination, évoquée également dans les enseignements du Prophète en tant que pilier de la foi, et dans le Coran en tant que croyance. Ils correspondent au credo de l’Église catholique ou à ce que y est nommé confession de foi.

« Informe-moi de ce qu’est l’islam »

Tous ces piliers sont indiqués dans des hadiths c’est-à-dire dans les paroles et agissements du Prophète. Un hadith portant sur le sujet est relaté par le second calife de l’islam Omar Ibn Al-Khattab2 :

Un jour, alors que nous étions assis auprès du messager de Dieu, un homme aux habits d’une blancheur immaculée, aux cheveux d’une noirceur intense, sans trace visible de voyage et inconnu de nous, apparut. Il vint s’asseoir en face du Prophète, plaça ses genoux contre les siens et, posant les paumes de ses mains sur ses deux cuisses, lui demanda : « Ô Muhammad ! Informe-moi de ce qu’est l’islam ! » [Islam signifie ici pratique visible.] L’envoyé de Dieu répondit : « L’islam consiste à ce que tu témoignes qu’il n’y a pas d’autre divinité que Dieu et que Muhammad est son envoyé, que tu accomplisses la prière, verses un impôt (zakat), jeûnes le mois de ramadan et effectues le pèlerinage à la Maison de Dieu si tu en as la possibilité ». « Tu dis vrai ! », commenta l’homme. Nous fûmes étonnés de le voir confirmer les propos du Prophète après l’avoir interrogé, rapporte Omar Ibn Al-Khattab.

L’homme demanda ensuite : « Informe-moi au sujet de la foi ! » [foi signifie ici croyances.]. Le Prophète répondit : « La foi est de croire en Dieu, en ses anges, en ses livres, en ses prophètes, au jour dernier et au destin, qu’il soit perçu comme bon ou mauvais [par l’individu] ».

Ainsi, comme le définissent à la fois le Coran et les hadiths, la foi islamique repose sur six piliers dont l’adhésion et le respect rendent la croyance valide :
- croire en Dieu l’unique (« Allah » en arabe), ce qui correspond au tawhid, la base de cette religion ;
- en ses anges ;
- en ses livres, c’est-à-dire toutes ses révélations (Torah, Evangile, Coran, etc) ;
- en ses prophètes sans discrimination, Adam étant le premier messager, Muhammad étant le messager et prophète qui clôt le cycle de la révélation divine après Abraham, Jésus, Moïse et des milliers de prophètes qui ont tous apporté les mêmes message et principes selon le Coran (celui du tawhid) ;
- au jour du Jugement dernier durant lequel chaque créature humaine sera jugée en fonction de ses croyances, engagements et actes en toute équité par Dieu ;
- enfin, au destin, c’est-à-dire à la prédestination des événements qui ponctuent la vie des individus, qu’ils soient perçus comme positifs ou négatifs, et les actions que chaque personne accomplit, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.

1Le verset 2 de la sourate 12 du Coran (intitulée « Youssef ») indique : « Nous avons fait descendre ce Coran en langue arabe afin que vous raisonniez ». Les traductions des termes en arabe reflètent le propos mais restent approximatives, les équivalents n’existant pas toujours.

2Hadith authentifié par Mouslim in Quarante hadiths d’Al-Nawawi.