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Dire et chanter les musiques du monde arabe

Née en 1987, Coline Houssais est à la fois chercheuse, enseignante à Sciences Po, commissaire d’exposition, journaliste et traductrice. Passionnée et spécialiste de culture arabe, elle a récemment publié aux éditions Le Mot et le Reste Musiques du monde arabe, une anthologie qui ne passe pas inaperçue par le défi qu’elle représente et l’érudition qu’elle manifeste.

Cent artistes. Sélectionnés dans une vingtaine de pays, « les vingt-deux États de la Ligue arabe », définit-elle pour fixer un cadre, mais d’où seront par exemple quasiment exclus la Somalie, Djibouti et les Comores dont la production musicale en arabe est très faible. Cent artistes dont les portraits pourraient relever d’une alchimie personnelle et subjective, mais qui ont été choisis sur trois critères : leur popularité, l’accessibilité de leurs œuvres sur support physique ou digital, et leur représentativité. C’est aussi le tour de force de l’ouvrage que ce tour d’horizon, entre traditions et réinterprétations ou créations contemporaines qui vont de l’Atlantique à l’océan Indien et se transmettent la plupart du temps de manière collective et orale. Pour la mélomane, plus d’un an de recherche et d’expertise sur le terrain. Et une vingtaine d’années d’écoutes, sur tous types de supports, depuis la cassette aujourd’hui périmée jusqu’aux arcanes dématérialisés de la Toile, de la musique populaire jusqu’à la musique savante, rurale ou urbaine, sous toutes ses formes, « des berceuses aux chants des supporters ».

Cent artistes dont les noms sont donnés dans les deux calligraphies, latine et arabe, présentés biographiquement et musicalement, sans classement chronologique ou géographique, sur le même format : double page, avec photo ou pochette disque, qu’il s’agisse de la diva Oum Kalsoum (sur qui l’auteure aurait sans doute pu écrire cent pages) ou d’Autostrad, un groupe rock jordanien que le lecteur lambda découvrira, en passant par Idir, Marcel Kalifé, Fairouz, Sabreen, Slimane Azem, Reinette l’Oranaise, Khaled, Rachid Taha… Toutes celles et ceux qui ont percé le plafond de verre occidental, dont la langue et la voix ont « transcendé générations, milieux sociaux, frontières et nationalités », toutes celles et ceux dont on ne connaît rien et qu’on a d’autant plus envie de découvrir que leur mise en contexte nous interpelle et que toutes les références sont données pour pouvoir les entendre.

Cent artistes dont la présentation synthétique et quasi ritualisée nous aurait peut-être laissée sur notre faim si Coline Houssais s’en était tenue à cette forme en éventail. Mais il faut remarquer qu’avant de nous conduire jusqu’à eux, elle a balisé notre chemin d’une longue et passionnante introduction métaphoriquement intitulée « Faire nation en musique ».

Elle y montre la singularité et la communauté des chants et des destins, elle interroge la notion d’arabité et les frottements, politiques et sociétaux, de l’arabe classique face à l’arabe dialectal, mais aussi au berbère, au kurde, au nubien…, souligne que partout, historiquement, « la musique est le fruit d’un subtil mélange d’influences et d’une évolution propre à chaque territoire » qui viendront encore se confronter aux courants globalisés d’Europe ou d’Amérique du Nord d’aujourd’hui. Les circulations sont ainsi fortes entre les différentes parties du monde arabe avec l’extérieur, notamment entre la France et le Maghreb. Elle raconte les interactions entre l’industrie du disque, la radio, le cinéma puis l’avènement d’Internet, comme on raconte une histoire vivante, captivante, stimulante.

Ajoutons qu’on aime qu’elle souligne l’importance du texte dans toutes ces musiques et rappelle qu’« en arabe, on utilise le même mot, ‟chaar”, pour dire le chanteur et le poète ».

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