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Les trois âges de la Tunisie indépendante

La Tunisie fêtera l’an prochain le 60e anniversaire de son indépendance. Deux universitaires, Larbi Chouikha et Éric Gobe retracent cette histoire dans un petit livre dont la concision n’a d’égal que la précision et la richesse de l’information.

Trois périodes rythment son histoire : celle de Habib Bourguiba (1956-1987), celle de son médiocre successeur Zine El-Abidine Ben Ali (1987-2011) et celle de la « transition » entre le régime autoritaire d’hier et un autre qui se cherche sous nos yeux et constitue jusqu’ici l’unique exception heureuse du Printemps arabe.

À la modernisation autoritaire du premier, les auteurs opposent le « changement dans la continuité » du second, l’autoritarisme étant le fil d’argent qui relie les deux zaïm. Mais leurs objectifs diffèrent, Bourguiba met son autorité au service d’un dessein, sinon d’un rêve, le « citoyen tunisien nouveau » alors que Ben Ali tombe misérablement aux mains d’une famille abusive obsédée par l’accaparement glouton des richesses du pays, ce qui contribuera au lâchage général dont il sera victime en 2010-2011 — y compris de la part des bourgeois et des beaux quartiers de Tunis.

L’autoritarisme a-t-il pour autant définitivement disparu de l’horizon tunisien aujourd’hui bousculé par l’insécurité et la crise économique ? La question mérite d’être posée même si d’autres scénarios sont heureusement envisageables, de la démocratie à l’occidentale à un régime « baroque » plus ou moins original parce que composite, que les auteurs préfèrent baptiser « hybride ».