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Livres

Sindbad jeunesse, une collection bilingue de livres pour enfants

Les éditions Actes Sud qui publient depuis cinquante ans poètes, romanciers et penseurs des pays arabes s’adressent maintenant aux enfants en lançant Sindbad Jeunesse, une nouvelle collection bilingue destinée à accompagner l’apprentissage de l’arabe et du français et les premières lectures des 6 – 8 ans.

Couverture de La ruse du chacal, de Najla Jraissaty Khoury, l’un des quatre premiers titres de la collection Sindbad Jeunesse

Un mouton qui s’octroie le titre de roi et impose sa loi ; un chacal déguisé en pèlerin pour mieux tromper ses proies et les croquer : deux des quatre titres déjà parus dans la nouvelle collection Sindbad Jeunesse des éditions Actes Sud dirigée par Farouk Mardam Bey ont en commun de raconter des histoires où un personnage va peu à peu abuser de son pouvoir.

Louis 1er roi des moutons, d’Olivier Tallec, traduit du français et La ruse du chacal de Najla Jraissaty Khoury, traduit du libanais mettent en scène les mécanismes de la manipulation pour acquérir un pouvoir sur les autres personnages. La narration s’ingéniera à mettre en difficulté ce personnage qui verra son autorité sapée.

Un autre titre, La tache noire de Walid Taher, traduit de l’égyptien, raconte l’histoire d’une tache noire envahissante et menaçante que les personnages vont s’évertuer à effacer peu à peu pour respirer et retrouver un espace de liberté. Quant au dernier titre, Les monstres de là-bas de Hubert Ben Kemoun, traduit du français, il raconte la découverte de la différence et de la diversité et ce qu’elle peut produire de déstabilisant, mais aussi d’enrichissant.

Les quatre récits déjà parus dans la collection parlent d’apprendre comment surmonter les difficultés de la vie, être solidaires pour contrer les abus de pouvoir ou éloigner les menaces et apprivoiser les inquiétudes.

Que ce soit pour faire découvrir le français ou l’arabe, ou pour guider une connaissance déjà acquise dans le milieu familial et culturel, ils s’adressent aussi bien à des enfants dans les pays arabes qu’à des familles binationales ou encore d’origine arabe en France. Deux titres sont traduits du français et adoptent le sens de lecture de cette langue et deux autres titres sont traduits de l’arabe et suivent son sens de lecture ; ainsi les livres sont composés comme une rencontre respectueuse entre les deux langues. Pour Farouk Mardam-Bey, directeur de Sindbad, « cette contrainte est le fruit de recherches méticuleuses, l’arabe étant plus serré sur la page et les illustrations apportant une attention supplémentaire à la disposition des textes et des images ».

Mais l’éditeur a à cœur, en rapprochant de cette façon ces deux langues et les cultures qu’elles expriment, reliées par la Méditerranée, de rappeler leur histoire commune. Il raconte :

Au départ, l’idée était de traduire des textes de l’arabe comme on le fait pour la littérature adulte, car c’est dans la nature des éditions Sindbad, et puis il y a eu une demande de parents et d’éducateurs pour faire une collection bilingue pour l’apprentissage du français et de l’arabe. D’un côté, la production arabe des livres jeunesse est de plus en plus intéressante pour la traduction vers le français et de l’autre, Actes Sud junior ayant une importante collection, on peut y puiser pour les ouvrages à traduire en arabe.

L’enseignement de l’arabe en situation de bilinguisme

Deux tiers des enfants dans le monde grandissent dans un environnement où se croisent plusieurs langues. En France, c’est un enfant sur cinq qui grandit avec une autre langue que le français. Le bilinguisme ou plurilinguisme est donc de plus en plus fréquent, mais ses définitions sont variées. Certains parlent très bien une deuxième langue sans pouvoir l’écrire, pour d’autres c’est l’inverse. Et bien sûr, il y a ceux qui maîtrisent aussi bien l’oral que l’écrit.

Qu’en est-il de la langue arabe ? Avec près de quatre millions de locuteurs, c’est la deuxième langue la plus parlée sur le territoire français. Depuis le décret du 30 avril 2020, il est prévu un enseignement de la langue arabe dans le primaire, en CM1 et CM2, dans le cadre des cours de langues vivantes à l’école obligatoires du CP au CM2. Cet enseignement est accessible à tous les élèves volontaires. Ce décret entérinant un accord entre la France et la Tunisie, qui s’engage à envoyer des enseignants, a provoqué quelques vagues, les milieux de droite et d’extrême droite ayant poussé les hauts cris puisque qu’il y a un préjugé tenace qui veut que pour maîtriser la langue française à l’école, langue de l’enseignement, il faille renoncer à développer d’autres langues maternelles. Et bien sûr, la langue arabe est visée par ces critiques. On sait pourtant, selon des études menées au Canada, pays à la pointe de la recherche sur le plurilinguisme, (notamment les recherches du linguiste Jim Cummins sur l’interdépendance linguistique qui avance que passer d’une langue à une autre ne peut qu’enrichir le vocabulaire des deux langues) que la littérature bilingue favorise l’apprentissage de la langue française. L’apprentissage d’une langue permet de conforter et d’enrichir sa langue maternelle.

Ce décret corrige une situation où l’apprentissage de la langue arabe était dispensé depuis de nombreuses années par des associations la plupart du temps religieuses, et il la réintroduit au sein de l’institution scolaire, alors qu’elle était le plus souvent cantonnée à la sphère privée. Car en France, toutes les langues ne sont pas valorisées de la même façon. Le bilinguisme ou plurilinguisme est encouragé s’agissant de la langue anglaise ou allemande par exemple, mais d’autres langues n’ont pas la même faveur. De nombreux enfants issus de l’immigration en France voient ainsi la langue familiale stigmatisée : ils arrivent bilingues à l’école, mais vont devenir monolingues dans un système éducatif qui valorise certaines langues étrangères au détriment d’autres — l’arabe, notamment.

La littérature de jeunesse bilingue est à même de répondre à cet enjeu interculturel. S’agissant de la langue arabe, peu d’éditeurs en France publient des livres bilingues arabe-français, et cette nouvelle collection de Sindbad est bienvenue pour combler un espace et enrichir de nouveaux titres ce qui existe déjà. Le tirage prévu des albums est de 3 000 exemplaires et la collection sera enrichie en 2023 de quatre à huit titres supplémentaires.

Pour le « tissage culturel »

Même si le public visé se trouve essentiellement dans les pays arabes où le français a été présent (Maghreb, Syrie et Liban), et en France dans les familles ayant un lien avec la langue arabe, Farouk Mardam-Bey n’exclut pas de toucher aussi, par l’intermédiaire des bibliothèques scolaires, des enfants tout simplement curieux ou qu’on incite à être curieux des autres langues. Observer la façon dont elles s’écrivent, découvrir d’autres alphabets est une façon de s’ouvrir à leur diversité et à leur richesse. L’écriture ne concerne pas seulement le sens, c’est aussi un objet visuel attractif.

La collection a opté pour l’arabe littéral afin de toucher un large public et de proposer des textes de tout le monde arabe. « La problématique est la même que pour la littérature adulte, avec des mots qui varient d’un pays à l’autre, explique l’éditeur, mais ce n’est pas contraignant, ça circule quand même dans le monde arabe, il y a un champ culturel arabe commun ».

L’objectif de la collection est d’éluder la question de l’identité et de valoriser le tissage culturel. Farouk Mardam Bey explicite ce positionnement :

Le tissage culturel signifie qu’on s’adresse aux enfants en leur insufflant l’idée qu’on a le droit d’avoir deux cultures, qu’on n’a pas à se recroqueviller sur une identité, on peut avoir une identité multiple, c’est le sens de l’universalisme.

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