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Tunisie. « Sentir ce qui se passe »

Des manifestations de la jeunesse des quartiers populaires ont marqué le dixième anniversaire de la chute de la dictature en Tunisie. Elles soulignent l’insatisfaction des jeunes dont les aspirations se heurtent à un mépris profond des dirigeants. C’est ce que montre le film de Olfa Lamloum et Michel Tabet.

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De 2018 à 2020, nous sommes allé.e.s à la rencontre des habitants de Douar Hicher et d’Ettadhamen, deux quartiers populaires emblématiques du Grand-Tunis. Là, les jeunes ont joué un rôle clé dans les mobilisations de décembre 2010-janvier 2011. Pour autant, dix ans après la révolution, leurs conditions de vie n’ont guère changé. Leurs rêves de dignité et de reconnaissance sociale sont toujours entravés par un chômage endémique et des politiques économiques qui ne font qu’entériner leur exclusion sociale. Pis encore, à partir de 2013, alors que la crise économique et politique s’aggravait en Tunisie et que le salafisme djihadiste prenait son essor dans les territoires relégués, Douar Hicher et Ettadhamen retrouvaient leur image de « ceinture » menaçante de la capitale, naguère bien entretenue par le régime de Zine El-Abidine Ben Ali.

Le parti pris de Sentir ce qui se passe est de déconstruire cette image dominante en interrogeant les ressorts de la marginalisation de la jeunesse dans ces deux quartiers populaires. Conçu comme un film de recherche, notre documentaire s’inscrit dans le cadre d’un travail au long cours mené par l’organisation International Alert depuis 2014, combinant des enquêtes sociologiques de terrain et des projets centrés sur la promotion de la démocratie participative locale.

Nous avons interviewé des jeunes, des responsables politiques et des militants associatifs locaux pour dresser un état des lieux des politiques publiques à l’égard des jeunes, dix ans après la révolution. Nous nous sommes principalement intéressé.e.s au chômage, à la formation professionnelle, à la santé, aux loisirs et à la gouvernance sécuritaire dans ces deux quartiers. Notre dispositif était de mettre en miroir des récits de vie de jeunes pris dans un système de contraintes et de privation, les témoignages des professionnels des services sociaux confrontés au manque de moyens et les discours des représentants des autorités locales ralliées au mantra de l’auto-entreprenariat. En privilégiant une approche horizontale et un dispositif d’écoute et d’échange, notre travail vise à faire émerger un diagnostic citoyen qui valorise la participation et l’inclusion des quartiers populaires dans l’espace public et politique.

En plaçant la parole et les productions culturelles et artistiques d’une jeunesse sacrifiée par les gouvernements successifs au centre de sa narration, Sentir ce qui se passe propose en filigrane une réflexion collective sur les conditions de son émancipation.

Depuis le 14 janvier 2020, des jeunes à Ettadhamen et dans d’autres territoires relégués de la Tunisie manifestent et affrontent les forces de l’ordre. Les élites au pouvoir sont unanimes à dénoncer des actes de vandalisme et s’ingénient à délégitimer ces protestations.

Notre documentaire donne à voir les raisons de la colère des jeunes et réhabilite leur quête de dignité.

Avec ce film nous poursuivons un travail entamé avec Voices from Kasserine, et qui nous conduit à creuser la question de l’expertise citoyenne et surtout de ses potentiels.

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