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La dangereuse religion de la laïcité

Paris, 10 novembre 2019. — Marche contre l’islamophobie
Geoffroy Van Der Hasselt/AFP (photo postérisée)

Une nouvelle série d’attentats djihadistes a secoué la France. La plus récente, dans une église de Nice, a fait trois morts, deux semaines seulement après qu’un enseignant a été décapité dans la banlieue de Paris après avoir exposé des caricatures du prophète Mohammed dans sa classe. Pourquoi la France est-elle la cible, encore et toujours, d’extrémistes violents ? L’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et même le Danemark — où les caricatures controversées ont été publiées pour la première fois — n’ont pas connu de violence comparable.

La raison en est simple : la laïcité radicale de la France et son blasphème, qui a alimenté le radicalisme d’une minorité marginalisée. Plus précisément, la dernière vague de violence fait suite à la décision prise au début du mois d’octobre 2020 par le journal satirique Charlie Hebdo de marquer le commencement d’un procès pour l’attaque meurtrière contre sa salle de rédaction en 2015 en republiant les caricatures blasphématoires de Mahomet qui avaient provoqué l’agression initiale. Ce duo — laïcité radicale et radicalisme religieux — se trouve engagé dans une danse mortelle depuis lors.

Promotion du blasphème religieux

Traditionnellement, la laïcité française exige de l’État une neutralité et appelle au respect des religions dans l’espace public, afin d’éviter la montée de l’intolérance religieuse. Mais à l’époque actuelle, elle est devenue beaucoup plus radicale. La laïcité qui prévalait encore dans les années 1970, celle d’Aristide Briand et de Jean Jaurès, a été remplacée par quelque chose qui ressemble davantage à une religion civile. C’est un système de croyances qui a ses propres prêtres (ministres du gouvernement), son pontife (le président de la République), ses acolytes (intellectuels) et ses hérétiques (quiconque appelle à une attitude moins antagoniste envers l’islam est rejeté et qualifié d’« islamo-gauchiste »).

L’une des caractéristiques de cette nouvelle laïcité est la promotion du blasphème religieux, et en particulier son expression extrême sous forme de caricatures comme celles de Mohammed. Cette vision a été pleinement affichée après l’assassinat du professeur qui avait montré ces caricatures dans ses cours, lorsque de nombreux intellectuels français ont fait l’éloge du blasphème et ont soutenu la défense sans équivoque du gouvernement en matière de droit à la libre expression. Ils auraient dû réfléchir plus attentivement à leurs propos.

En Europe occidentale, le droit de blasphémer est légalement reconnu. Mais c’est une chose de protéger la liberté de blasphémer et une autre d’exhorter avec enthousiasme au blasphème, comme c’est le cas en France. Le blasphème est une forme de liberté d’expression non argumentative et sarcastique. Il devrait être utilisé, au mieux, avec modération dans un pays où entre 6 et 8 % de la population est musulmane, dont la plupart des parents ou grands-parents ont émigré des colonies françaises d’Afrique du Nord.

Les défenseurs du blasphème invoquent la liberté d’expression, mais ce que le blasphème fait, en fait, c’est piéger la France dans un cercle vicieux de réactivité à la terreur djihadiste qui la rend moins libre et moins autonome. L’utilisation immodérée de caricatures au nom du droit de blasphémer finit par saper le débat public : elle stigmatise et humilie même les musulmans les plus modérés ou laïques, dont beaucoup ne comprennent pas l’obsession des laïcs français au sujet de l’islam, du voile, des prières quotidiennes ou des enseignements islamiques.

Il en résulte un cycle néfaste : provocation, contre-provocation et descente aux enfers de la société. Avec la radicalisation de la laïcité française, le nombre d’attentats djihadistes dans le pays s’est multiplié. Les laïcs français prétendent se battre pour la liberté d’expression. Ce faisant, des innocents meurent, les musulmans du monde entier rejettent les valeurs françaises et boycottent les produits du pays, et les musulmans français sont confrontés à des restrictions de leur liberté d’expression au nom de la lutte contre la propagande islamiste.

La France paie un lourd tribut à sa laïcité devenue fondamentaliste, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses propres frontières.

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