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Liban. Pour une répudiation révolutionnaire de la dette

Et si l’État libanais cessait de payer les intérêts de sa dette ?

« Beirut »
Gaetano Virgallito, 10 mai 2017

La République du Liban partage avec de nombreux États dans le monde une extravagante dette publique d’environ 80 milliards de dollars (72,63 milliards d’euros), soit 150 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Payer les intérêts chaque année exige d’y consacrer près de 10 % du PIB, soit plus de 5 milliards de dollars (4,54 milliards d’euros). En pleine crise politique, en novembre 2019, le Trésor libanais a remboursé 1,5 milliard de dollars (1,36 milliards d’euros) et en mars 2020 c’est 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros) qu’il faudra encore verser.

Mais la dette libanaise a une originalité : elle est pour l’essentiel détenue par des Libanais, banques et particuliers. Les étrangers y tiennent un rôle mineur. Cette mainmise des riches Libanais sur « leur » dette ne doit rien à leur patriotisme, mais tout à l’esprit de lucre qui les anime. Les rendements y sont élevés et surtout sans risque, en raison de la parité de la monnaie nationale avec le dollar américain (1 dollar pour 1 507 livres) qui est fixe. Prêter des livres ou des dollars revient au même, le créancier ne court aucun danger de change.

Avec la crise, une refondation politique tente de se frayer un chemin au milieu des difficultés et des égoïsmes. L’une des pistes à envisager est, sinon la répudiation à 100 % de la dette publique, du moins une substantielle réduction. C’est ce qui se pratique en permanence pour les ménages, les entreprises ou les banques, et souvent les États dont la dette souveraine est réduite, en général après accord du Fonds monétaire international (FMI) qui y met des conditions drastiques de 30, 50 %, voire plus, de la dette totale.

Beyrouth a l’opportunité au moins partielle et sans grand péril de cesser de payer les intérêts et de continuer à rembourser une dette écrasante. Selon Lydia Assouad, doctorante à l’École d’économie de Paris, qui travaille avec Thomas Piketty sur les inégalités dans le monde arabe, 3 700 riches Libanais reçoivent 10 % des revenus du pays, soit autant que la moitié de la population (3,3 millions d’habitants). Une dette publique détenue par des nationaux est plus « gérable » que si elle appartient à des créanciers étrangers capables de mobiliser leurs gouvernements pour défendre leurs intérêts. L’histoire regorge d’exemples de crises financières, diplomatiques ou même militaires, nées d’une répudiation unilatérale de leur dette, de l’Union soviétique au début du siècle dernier à Cuba qui, plus d’un demi-siècle après la victoire de Fidel Castro et de ses camarades, est toujours en butte aux sanctions américaines encore récemment renforcées par le président Donald Trump.

Les personnalités libanaises qui seraient touchées par la répudiation de la dette libanaise, fût-elle même totale, n’ont à leur disposition aucun moyen de s’y opposer à l’instar des puissances occidentales. Pas d’interdiction des importations, de gel des actifs publics à l’étranger ou de saisie d’aéronefs sur les tarmacs des aéroports internationaux ou des paquebots dans les ports à redouter ne sont à redouter.

En revanche, les bénéfices d’une telle mesure changeraient l’équation politico-financière du pays. Avec plusieurs milliards de dollars disponibles à court terme, il serait possible d’augmenter les salaires des enseignants et des infirmières, de revaloriser les prestations sociales, de trouver une solution à des crises chroniques comme celle de l’énergie, due à ce qu’Électricité du Liban (EDL) est incapable de financer l’amélioration de son réseau de distribution et perd 30 % du courant produit, soit trois fois plus que la moyenne européenne.

Le rêve d’une vie meilleure est à portée de main des manifestants libanais s’ils savent se mobiliser en faveur de décisions révolutionnaires.

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