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Maroc. D’où vient le Parti de la justice et du développement ?

Dans une monarchie absolue comme le Maroc, où le roi dispose depuis 1962 du titre de Commandeur des croyants, admettre une vision concurrente de l’islam reviendrait à saper la légitimité religieuse du souverain. C’est pourquoi la Chabiba islamiya (Jeunesse islamique) agit d’abord dans la clandestinité pendant 3 ans avant d’être reconnue comme association de prédication en 1972. En 1975, plusieurs de ses membres sont impliqués dans l’assassinat du leader syndicaliste Omar Benjelloun, et son fondateur Abdelkarim Mouti s’exile. L’association est dissoute en 1976.

Sous l’étroite surveillance du Palais

Ses militants se scindent alors en deux : les uns décident d’abandonner la politique, tandis que les autres se regroupent autour d’Abdelilah Benkirane pour créer en 1981 la Jama’a al-islamiya (Communauté islamique). Dans une lettre adressée au secrétariat général de la monarchie en 1985, le mouvement acte l’abandon de la violence et affirme sa volonté de cohabiter avec le pouvoir. Il change même de nom et devient Al-islah wal tajdid (Mouvement réforme et renouveau) en 1992.

Les islamistes peinent néanmoins à se faire reconnaître par Hassan II, qui contrôle les dissidents d’une main de fer. Benkirane se voit refuser en 1989 et en 1992 ses demandes de création d’un parti politique. Le roi demande alors à Al-islah de fusionner avec un parti en sommeil, le Mouvement populaire et démocratique constitutionnel (MPDC), afin de les faire surveiller par son fondateur, le docteur Al-Khatib, un proche du roi. Ils deviennent ainsi ce qu’on appellera « les islamistes de sa Majesté », au moment où ce dernier décide d’afficher une ouverture du système. Les islamistes font leur entrée au Parlement en 1997 avec 9 députés. Lors de son 4e congrès en 1998, le parti devient le Parti de la justice et du développement (PJD).

Celui-ci s’aligne sur les positions de la monarchie concernant la politique économique et le Sahara occidental. Il se concentre sur la dénonciation de la corruption et la question des mœurs en condamnant l’homosexualité ou encore la réforme du Code civil. Le pragmatisme politique le conduit à distinguer politique et religion au profit d’un référentiel islamique commun.

Le tournant de 2011

Toutefois, les attentats de Casablanca en 2003 entraînent la marginalisation du PJD, les partis de gauche le renvoyant à son passé. Malgré son succès électoral en 2007 (premier en nombre de voix, deuxième en termes de sièges), il n’entre pas au gouvernement dont la composition demeure sous le contrôle du roi.

Mais avec le mouvement du 20 février 2011 et la vague des printemps arabes, le PJD devient un interlocuteur incontournable. Il ne participe pas aux manifestations populaires mais obtient 105 sièges aux élections législatives de 2011. La récente réforme constitutionnelle veut que le chef du gouvernement soit issu du parti vainqueur. Le roi nomme alors Benkirane premier ministre, reconnaissant ainsi la légitimité populaire des islamistes, mais conserve la réalité du pouvoir. Le PJD gardera le poste de premier ministre pendant dix ans, mais connaît une défaite électorale retentissante qui met fin à une décennie de gouvernance et acte l’échec de sa stratégie de conciliation avec le pouvoir.

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