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Comment est née la Libye ?

Au lendemain de la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la fragmentation de la Libye refait surface, exhumant une histoire politique mouvementée. Depuis la fin de l’empire ottoman, l’histoire du pays a oscillé entre occupations coloniales, révolutions et guerres civiles, sur fond de rivalités tribales et conflits de répartition des ressources et du pouvoir.

Faire un à trois

La Libye contemporaine s’est constituée sous la forme d’une fédération des trois grandes régions historiques : au nord-ouest, la Tripolitaine, au sud le Fezzan et à l’est la Cyrénaïque. Mais la réalité actuelle montre la récurrence des identités et des rivalités régionales.

Ces trois régions sont jusqu’à la fin du Moyen-Âge des provinces ottomanes. Mais le recul de l’empire ottoman suivi de l’expansion des puissances européennes — la France, le Royaume-Unis et l’Italie — en Méditerranée bouleversent la donne. En septembre 1911, l’Italie pose un ultimatum à l’empire ottoman afin d’occuper la Tripolitaine et la Cyrénaïque. La guerre italo-turque s’engage.

Aux termes de cette guerre, et avec la signature du traité d’Ouchy le 17 octobre 1912, les deux régions passent sous domination italienne. Mais de 1912 à 1920, plusieurs révoltes éclatent et révèlent que l’Italie n’exerce qu’un contrôle réduit dans les grandes villes du pays. Il faut attendre 1935 pour que la construction de nouvelles routes et la mise en place de travaux de restauration soient entreprises sous l’impulsion du gouverneur fasciste Italo Balbo.

Au cours de la seconde guerre mondiale, la Tripolitaine et la Cyrénaïque passent sous contrôle britannique tandis que le Fezzan passe sous protectorat français. En 1949, le Royaume-Uni consent à renoncer à certains de ses droits sur la région. L’émir Idriss, de la dynastie des Sanoussi, proclame alors l’indépendance de la Cyrénaïque le 1er mars 1949. Cette proclamation ainsi que l’incapacité des grandes puissances à se mettre d’accord sur le statut de la Libye poussent l’ONU à se prononcer pour l’indépendance des trois provinces, votée le 1er janvier 1952, avec pour souverain Idriss Ier, désormais roi de Libye. Le différend sur la structure étatique se poursuit néanmoins, notamment entre les élites citadines de Tripolitaine réclamant un État central ayant Tripoli pour capitale et les élites de Cyrénaïque plus favorables au fédéralisme. C’est cette structure qui est adoptée en 1952 avant de laisser la place en 1963 à une structure centralisée et unitaire du pays.

Entre le local et le national

Si la dynastie des Sanoussi jouit d’une assise forte en Cyrénaïque, le pouvoir reste concentré ailleurs dans les mains des chefs de tribus. Des discordes apparaissent entre les gouverneurs fédéraux nommés par le roi et le gouvernement. La découverte du pétrole en 1962 creuse davantage le clivage politique : dans l’est, les habitants réclament le droit sur ces ressources, dont la région détient 80 %. Tandis qu’à l’ouest, les Tripolitains réclament la gouvernance, puisqu’ils représentent la majeure partie de la population.

Le 1er septembre 1969, les Officiers unionistes libres — dont un certain Mouammar Kadhafi — opèrent un coup d’État et instaurent la République arabe libyenne. En 1977, Kadhafi met en place le système de la jamahiriya (République des masses) qui se veut une incarnation de la démocratie locale, afin de mettre en place une stratégie de recomposition de l’espace tribal pour encourager une unité nationale. Dans les faits, Kadhafi instrumentalisera les alliances et les rivalités tribales (notamment ethniques) pour asseoir son pouvoir.

En 2011, le mouvement des printemps arabes s’étend à la Libye et une partie de la population se révolte, tout d’abord en Cyrénaïque. Le pays se fractionne en une multitude d’entités administrées par des conseils locaux et militaires, en général liés aux groupes armés locaux. Depuis 2014, la division est-ouest est à nouveau incarnée par les deux autorités : le Gouvernement d’union nationale (GNA) à Tripoli, reconnu par la communauté internationale, et l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar à Benghazi. Cette division reflète avant tout une rivalité politique s’appuyant sur de multiples identités et situations locales distinctes. Plusieurs communautés à l’ouest ont d’ailleurs rallié le projet militariste du maréchal Haftar. La fragmentation de l’État entre des institutions concurrentes, les ambitions personnelles, la rivalité entre des cultures politiques différentes, la militarisation de la société et l’ingérence de puissances étrangères compliquent la reconstruction d’un État unitaire et la réconciliation nationale.

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