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La politique de Donald Trump au Proche-Orient est-elle dangereuse ?

Donald Trump a-t-il une politique cohérente au Proche-Orient ? Malgré une succession d’errements et même de volte-faces qui rendent la politique étrangère américaine souvent illisible, il est pourtant possible de discerner quelques constantes. Avant son élection, les promesses électorales de Trump tournaient autour de trois principaux engagements. Le premier était d’annuler l’accord sur le nucléaire négocié avec l’Iran par l’administration Obama et signé le 14 juillet 2015 par les cinq membres du conseil de sécurité des Nations unies (États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni) et par l’Allemagne. Trump, durant sa campagne, s’était engagé à se « retirer » de cet accord, voire à l’« abroger » et aussi, parfois, à le « renégocier ». Son deuxième engagement était d’amener Israéliens et Palestiniens à un « accord final » de paix entre eux. Le troisième visait à un désengagement américain de la guerre en Syrie.

L’accord sur le nucléaire iranien

Sur le premier point, l’accord signé par l’Iran lui imposait de ne plus pouvoir fabriquer une bombe atomique en moins d’un an sur une période de dix ans au minimum. En contrepartie, les six puissances s’engageaient à lever progressivement les sanctions financières et commerciales imposées depuis 2006 à Téhéran. Cet accord a été ratifié par le Conseil de sécurité de l’ONU. Depuis son entrée à la Maison Blanche, Trump, à trois reprises, a reconduit le paraphe américain de l’accord. Mais il a constamment appelé son Congrès à renforcer les sanctions contre Téhéran — alors que l’Iran, de l’aveu général, respecte ses engagements. Si le Congrès américain aggravait lourdement les sanctions, l’Iran pourrait cesser à son tour de respecter l’accord. La perspective d’une évolution du conflit vers une guerre deviendrait alors tangible.

La fin des accords d’Oslo

Concernant la « paix finale » au Proche-Orient, Trump a cru possible de forcer la direction palestinienne à accepter un accord très en deçà des propositions qu’elle avait déjà récusées dans le passé. Le résultat est un fiasco total de l’initiative américaine. Trump a reconnu Jérusalem le 6 décembre 2017 comme capitale d’Israël sans qu’aucune négociation n’ait été engagée sur le statut de la ville et alors que les Palestiniens exigent que Jérusalem-Est soit la capitale de leur futur État. L’Autorité palestinienne (AP) a alors récusé le rôle des États-Unis comme médiateur d’une possible paix. Son président, Mahmoud Abbas, a déclaré « la fin des accords d’Oslo » de reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), signés en 1993 par les deux parties sur le perron de la Maison Blanche.

Une stratégie vouée à l’échec

Quant au retrait militaire américain de la scène proche-orientale, on mesure sa réalité en un simple fait : un an après l’accession de Donald Trump à la présidence, il y a plus de soldats américains en Irak et en Syrie que sous Barack Obama. Mais le grand échec de Donald Trump est ailleurs. L’ex-président américain était convaincu que l’avenir du Proche-Orient passait par l’admission du poids de l’Iran dans la région. Il a donc cherché à obtenir un accord avec Téhéran pour contenir sa principale ambition : l’accès au nucléaire. Trump juge à l’inverse qu’il faut contenir l’Iran par la seule imposition de la force. Ses soutiens régionaux sont Israël et les monarchies du Golfe : Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Bahreïn.

Jusqu’ici, cette stratégie est un échec. Jamais l’influence iranienne n’est apparue aussi forte dans son environnement, en particulier en Irak et en Syrie. Malgré les espoirs de Washington, l’Arabie saoudite, elle, ne parvient pas à constituer un front d’États sunnites contre Téhéran. Et jamais les États-Unis ne sont apparus aussi affaiblis régionalement. Vu le mode de fonctionnement de Donald Trump, qui privilégie toujours en priorité l’imposition de la force, cette situation ne peut que faire craindre plus encore un risque de nouvelle guerre dans la région.