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Le mouvement sudiste du Yémen fera-t-il sécession ?

Comparée à celle de ses voisins, l’histoire du Yémen apparaît comme bien singulière. Héritage de ses multiples spécificités, la question sudiste continue à y jouer un rôle politique prépondérant. Le 24 avril 2020, la principale formation du mouvement sudiste déclarait unilatéralement l’autonomie des provinces sous son contrôle, ouvrant une période d’incertitude.

Une histoire marquée par la colonisation britannique

Bien que le nom « Yémen » soit mentionné en tant que tel dans le Coran, le pays n’a en réalité que rarement été unifié. Les spécialistes ont coutume de dire que l’histoire du Yémen est duale. Au cours des deux derniers siècles, face à un nord montagneux marqué par le zaydisme (branche spécifique du chiisme) et qui n’a jamais subi la colonisation occidentale, le sud, ouvert sur le monde à travers ses ports, a connu la colonisation britannique de 1839 à 1967. L’héritage britannique, en particulier dans la ville d’Aden a pesé lourd. À travers l’engagement des dockers dans la lutte pour l’indépendance (14 octobre 1963-30 novembre 1967), il a favorisé le développement d’un mouvement marxiste. À l’échelle du monde arabe, c’est le seul qui parvient à exercer de façon effective le pouvoir, donnant naissance à la République populaire et démocratique du Yémen, appelée « Yémen du Sud ».

L’expérience socialiste n’est guère concluante sur le plan économique, mais l’aide technique des « pays frères » d’Europe de l’Est permet l’émergence d’une bureaucratie qui fournit de l’emploi et engage une certaine modernisation. Militants anti-impérialistes se pressent à Aden et la société se transforme. Toutefois, l’État reste traversé par des tensions et épisodes de violence, particulièrement en janvier 1986, faisant des milliers de morts en quelques semaines.

L’unification contestée du Yémen

La rivalité avec le Yémen du Nord trois fois plus peuplé et officiellement engagé aux côtés des États-Unis dans le contexte de la guerre froide a également donné naissance à deux conflits, en 1972 et 1979. En mal d’allié du fait de la chute de l’URSS et de ses satellites, le Yémen du Sud s’engage dans un processus d’unification qui aboutit le 22 mai 1990. Un peu comme en Allemagne, la création de la République du Yémen ne se fonde pas sur une base égalitaire. Bien des habitants du Sud finiront par voir dans cette unification leur propre défaite et la domination du Nord comme une nouvelle forme de colonisation (isti’mar).

Dès 1993, les anciennes élites sudistes contestent les termes de l’unification. Marginalisées, elles prononcent une sécession qui occasionne un nouveau conflit et la prise d’Aden par les troupes nordistes le 7 juillet 1994. Dans les années qui suivent, les rancœurs se perpétuent à mesure que se déploie une nostalgie pour la période socialiste. En 2007, le drapeau sudiste à étoile rouge refait son apparition dans des manifestations organisées par des retraités de l’armée du Sud qui exigent le versement de leurs pensions.

Progressivement, le mouvement sudiste (al-hirak al-janubi) se structure. Il affirme avoir pour horizon le retour à l’ancienne frontière entre Nord et Sud. La stratégie du mouvement n’est toutefois pas claire et cache mal des divisions internes, notamment générationnelles. Bien des jeunes n’ont en effet jamais connu la période socialiste et aspirent à autre chose qu’à un retour en arrière. Ils participent comme leurs camarades du Nord au soulèvement de 2011 contre le pouvoir du président Ali Abdallah Saleh, obtenant son départ. La phase de transition qui court jusqu’à la guerre de 2015 voit leur positionnement se durcir, allant jusqu’à boycotter la Conférence de dialogue national où les habitants du Sud sont pourtant surreprésentés.

Le Sud divisé

La prise militaire d’Aden par les houthistes au printemps 2015 contribue à l’unification temporaire du mouvement. Au sein de la coalition anti-houthiste emmenée par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis gèrent le sud du Yémen mais entrent graduellement en tension avec la politique menée par Riyad. Ils s’emploient à institutionnaliser le mouvement sudiste, appuyant politiquement et financièrement le Conseil de transition sudiste (al-majlis al-intiqali al-janubi ou STC en anglais) fondé en avril 2017. Ils s’opposent alors au président Hadi, reconnu par la communauté internationale, lui-même originaire du sud mais attaché à l’unité du pays.

L’alliance du STC avec Abou Dhabi ainsi que son hostilité franche aux Frères musulmans (représentés au Yémen par le parti Al-Islah) divisent la population, rendant largement illusoire le principe d’une sécession qui serait pacifique. En avril 2020, l’annonce par le STC d’une autonomie unilatérale des provinces du Sud a encore affaibli Hadi sans pour autant unifier le mouvement. Le Yémen du Sud demeure marqué par des lignes de fractures qui sont idéologiques mais aussi régionales, particulièrement entre Aden et les régions orientales de Shabwa, du Hadramaout et du Mahra.

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