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Le Maghreb encore sous le choc d’une décolonisation ratée ?

Agréable surprise que celle d’un professeur de la Sorbonne qui écrit comme un journaliste et ne s’encombre pas d’une ribambelle de notes de bas de page pour défendre une opinion forte : à l’origine de la crise qui affecte aujourd’hui presque tout le monde arabe, y compris les monarchies pétrolières du Golfe, se trouverait l’échec des indépendances accordées par les puissances coloniales. Si les États ont été libérés, il n’y a pas eu de démocratisation des régimes et leurs ressortissants, eux, n’ont pas été libérés, les libertés publiques, le pluralisme politique et la souveraineté du peuple n’ayant pas droit de cité.

Après les indépendances, les anciennes métropoles ont délibérément soutenu un peu partout des hommes forts pour défendre leurs intérêts. Cette fresque d’une région tumultueuse qui va de l’Atlantique à l’océan Indien sur une période qui court sur presque un siècle est dessinée avec vigueur et de haut, nourrie des nombreux travaux des spécialistes venus du Vieux continent comme d’outre-mer, avec, en plus, de fréquentes comparaison avec l’Afrique subsaharienne souvent éclairantes.

En dehors d’un chapitre bienvenu sur le poids de la poussée démographique sur les ressources naturelles autres que les hydrocarbures, en particulier la pression sur la terre et l’eau, on regrettera la modicité du traitement réservé à la question économique dont l’auteur montre plus les conséquences — les migrations — que les causes. Et là, au moins, les responsabilités sont partagées.