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En Syrie, le retrait américain exacerbe les incertitudes

La Maison Blanche a décidé le retrait des forces américaines de Syrie. Le président Donald Trump a tweeté : « Nous avons vaincu Daech en Syrie, ma seule raison d’y être pendant la présidence Trump ». Quelle sera la prochaine étape ?

Marines américains lors d’une mission de tir dans le nord de la Syrie dans le cadre de l’opération « Inherent Resolve », le 24 mars 2017.
Caporal Zachery Laning/Corps des Marines des États-Unis

Selon une blague sinistre en vogue à Washington, la fin de la présence américaine dans le nord-est de la Syrie n’était qu’à un tweet de Donald Trump. La plaisanterie est devenue réalité avec l’annonce soudaine du retrait des deux mille soldats américains de Syrie, comme Trump l’avait promis depuis longtemps. Pour les initiés de Washington, c’était prévisible. Le président n’a jamais été convaincu que les États-Unis avaient besoin d’une présence physique dans un théâtre où ils n’avaient qu’un pouvoir et une influence minimaux.

Mais cette analyse n’était pas partagée par tous à la Maison Blanche. Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton considérait la présence américaine comme un moyen de dissuasion contre l’Iran, son obsession de longue date. Le secrétaire à la défense James Mattis craignait qu’une sortie anticipée ne laisse un vide que l’organisation de l’État islamique (OEI) pourrait combler, forçant Washington à se redéployer à nouveau, et dans de pires conditions. Il a donc décidé de démissionner, suivi par Brett McGurk, représentant des États-Unis dans la coalition internationale contre l’OEI.

Ce retrait permet à Trump d’affirmer que « l’État islamique a été vaincu » et de tenir une promesse électorale de retrait total des troupes américaines. Beaucoup de gens contesteraient cette évaluation, y compris les propres services de renseignement du président, et le Pentagone. Dans des rapports rendus publics en août 2018, les services de renseignements américains estimaient que l’OEI comptait encore quelque 17 000 hommes en Irak et 14 500 en Syrie. Ces chiffres traduisent un risque similaire à celui du retrait prématuré d’Irak en 2011 sous l’administration Obama. Il avait entraîné une augmentation de la violence et des attaques terroristes. En fait, quand il était candidat à l’élection présidentielle, Trump se plaisait à dépeindre ce retrait d’Irak comme le plus grand péché de son prédécesseur au Proche-Orient.

La décision abrupte de Trump en Syrie est encore plus risquée. Le tumulte du nord-est de la Syrie pourrait déclencher une confrontation régionale plus large et incontrôlée. Le vide laissé par le départ des troupes américaines ouvrira une course mortelle pour le contrôle de la région. Les plus proches alliés de Washington dans la lutte contre l’OEI ont longtemps été les Forces démocratiques syriennes (FDS) kurdes. La Turquie, autre acteur clé dans la région, considère les Kurdes comme une menace pour son propre gouvernement. Avec le départ de leurs protecteurs américains, elle aura enfin une occasion en or de tenter d’écraser ses ennemis kurdes. L’ouverture de ce nouveau front retirera des forces engagées contre l’OEI, offrant ainsi des perspectives à celle-ci et augmentant la violence dans la région.

Ce retrait comporte également des risques géopolitiques plus larges. La Russie y verra une occasion de conforter son rôle d’arbitre du conflit syrien, ce qui renforcera encore le régime du président syrien Bachar Al-Assad, allié de la Russie. Exactement le résultat que la présence américaine était censée empêcher.

Mais les risques ne s’arrêtent pas là. Comme toutes les décisions de cette administration, cette stratégie doit être considérée dans le contexte plus large de son obsession pour l’Iran. La présence militaire américaine à proximité de la frontière entre la Syrie et l’Irak avait pour but de limiter l’influence croissante de l’Iran dans la région. Trump a informé le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou de sa décision de se retirer de Syrie quelques jours avant de la rendre publique. Dans une première réaction, Nétanyahou a pris en compte le changement d’environnement stratégique d’Israël. « Nous veillerons à maintenir la sécurité d’Israël et à nous défendre dans cette région », a-t-il déclaré. Cela signifie-t-il que l’administration Trump a approuvé l’extension par Israël de ses raids aériens, concentrés jusqu’à présent dans la région de Damas, et une confrontation militaire directe avec l’Iran ? La convocation d’élections anticipées en Israël, prévues pour le 9 avril, ajoute aux incertitudes.

Le résultat du retrait de quelques milliers de soldats pour tenir une promesse de campagne, contre l’avis des conseillers nationaux et des alliés de Trump aura d’énormes conséquences pour la région. Le conflit syrien est devenu le terrain de la lutte de pouvoir au Proche-Orient. Le retrait des États-Unis laisse cette bataille sans issue et contribue à accroître l’instabilité au Proche-Orient.

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